BORDEAUX PRIMEURS 2009

Le rapport de Gilles du Pontavice

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A l'évidence, 2009 est un grand millésime marqué par un mois de septembre superbe qui a amené les vins à des degrés d'alcool très élevés (souvent 14%, même plus en merlot). Mais l'impression qu'ils donnent aux dégustations primeurs n'est pas de vins alcooleux, plutôt d'une grande suavité, avec un côté charnu délicieux. Il y a très peu de vins qu'on peut qualifier de " pas bons " ! Que donneront les cours ? Je ne le sais pas encore. Mais c'est à mon avis le millésime idéal pour mettre en cave les crus peu connus, où j'ai trouvé de grandes réussites. Même si les vins semblent de prime abord peu acides et si les tannins, très mûrs, ne marquent pas comme dans les millésimes précédents, ces vins ont une bonne capacité de garde. Le tout sera de se retenir de les boire jeunes… Voici la revue des 250 vins que j'ai goûtés, classés dans chaque groupe par ordre croissant de préférence. C'est du maniérisme que cette rubrique " merlot ", mais je l'assume. Il y a des choses pour lesquelles il faut rester vigilant. En triant les résultats, je m'aperçois que, si j'ai éprouvé le plus grand plaisir aux vins de Saint-Emilion, mes notes ramenées à des moyennes placent en premier les vins rouges des Graves, avant ceux du Médoc, puis les Saint-Emilion, les Fronsac (grand vignoble) et les Pomerol ( à Saint-Emilion j'agrège ses satellites, à Pomerol, Lalande, ça me semble la moindre des choses). Curieux comme l'astreinte à noter les vins par chiffres corrige le plaisir immédiat. Bref, les vins de merlot sont d'un abord immédiat, les cabernets plus rudes demandent de la réflexion. Au reste, je n'ai aucune prétention à savoir bien juger un vin d'après son échantillon nouveau-né. Il peut se passer tellement de choses ensuite. Un maître de chai en connaît plus que nous tous, car il accompagne son vin depuis le début. Et je me suis bien gardé de prendre la parole au déjeuner du dimanche face à de Michel Bettane, me contentant de manger sa seconde assiette de foie gras, lors du déjeuner au château de Carles à Saillans, qui mérite la visite. Voici donc mon rapport de dégustation des primeurs 2009.

BORDEAUX DIVERS

Hostens-Picant (Sainte-Foy Bordeaux), droit et simple. La cuvée Lucullus a plus de corps, mais manque de classe. Haut-Bertinerie. On monte d'un cran avec Thieuley, doux, Cap de Faugères, aux notes de fruits rouges, relâché en fin de bouche. Puis Reynon, plutôt sec, Côte Montpezat, rond et souple, Domaine de Courteillac, au nez peu mûr, mais très agréable en bouche, Fougas Maldoror, bon et tannique, la cuvée Adèle de Toulouse-Lautrec du Château Malromé, puissant et long, la cuvée O'Byrne du Château Brande-Bergère, un vin sympathique. Ensuite, Tour de Mirambeau, ample et gras, un peu mou, Jean Faux, un Bordeaux Supérieur conseillé par Stéphane Derenoncourt, Beaulieu Comte de Taste, strict et sec, qui devrait bien évoluer, Clos Puy Arnaud, souple mais très bon, enfin Roland La Garde, riche, avec du volume bienvenu en fin de bouche.

FRONSAC

Belle réussite d'ensemble, mais ce n'est pas la première fois ! La Dauphine est un peu juste pour un 2009. Plus haut, La Rivière est fluide et long, Villars discret au nez, puis long et mince, Moulin-Haut-Laroque charnu et un peu rustique. Un cran au-dessus, Les Trois Croix, rond et frais, avec un nez prometteur, Cassagne-Haut-Canon La Truffière, très bon mais pas le meilleur, Barrabaque aux tannins nobles, Du Gaby, vif et velouté, enfin La Vieille Cure : nez riche, presque sucré, mais belle bouche et très beaux tannins, je l'ai beaucoup aimé.

MERLOT

C'est un choix discutable, je sais bien, mais j'ai classé ensemble les vins de la rive droite où le merlot représente 90% de l'encépagement et plus (et compte tenu de la qualité des merlots cette année, dans le vin ça risque d'être plus, quoique les cabernets soient bien utiles pour corriger l'excès d'alcool). La proportion de merlots augmente régulièrement à Bordeaux, où l'on s'achemine tranquillement dans certains secteurs vers des vins de cépages… Quelle horreur que de dire ça ! Pourtant, c'est vrai. Mais les meilleurs de ma sélection " merlots " valent bien les Saint-Emilion. Le Bordeaux Supérieur Château Pénin est bien léger. Ampélia n'est pas mauvais, mais léger quand même. Girolate me semble trop dur, et Veyry trop court. Haut-Carles, qui recevait à Saillans le Cercle Rive Droite avec un déjeuner excellent, est bon, un peu sec en fin de bouche. Haut Ballet, un autre Fronsac, est discret mais sympathique. L'Ambroisie du Château Croix des Moines est fin et facile. Goûté deux fois De Francs Les Cerisiers, dont j'ai apprécié la bouche lisse, mais que j'ai trouvé court la première fois… c'est dur, les primeurs ! Le Domaine de l'Eglise à Pomerol est agréable, pas très concentré, comme d'habitude. On gravit une marche avec Chambrun, à Lalande-de-Pomerol, au nez très mûr, aux bons tannins, et Dalem à Fronsac, un bon vin. Beau-Soleil à Pomerol est typique de ce à quoi on s'attendait vu la météo : du volume, bon mais un peu mou. Le Fronsac Chadenne est pour moi une bonne découverte. La Gravière, Lalande-de-Pomerol, est une bonne bouteille produite par Catherine Péré-Vergé, propriétaire du désormais inaccessible La Violette. Bonalgue à Pomerol est complet, son amertume en fin de bouche devrait lui assurer un bon avenir. Moulin Pey Labrie n'est pas très concentré. Le Fronsac Carlmagnus est une autre découverte pour moi : un nez frais, une bouche fraîche aussi, serrée, aux bons tannins ; il détonne un peu dans le millésime, mais c'est bon. Le Féret de 1949 donnait le Château du Lyonnat pour le meilleur cru de Lussac-Saint-Emilion, celui de 1969 aussi. Dans celui de 2001, le château a perdu sa particule, l'encépagement est à 70% de merlot, 15% de chacun des cabernets. Aujourd'hui, il n'y a plus que du merlot, et ça donne un joli vin sous tous rapports, à la belle finale, alors que la Cuvée Emotion est plus mûre ; mais je ne suis pas sûr qu'on ait gagné au change avec ce cru anciennement réputé. Un cran au-dessus, Fontenil offre beaucoup d'ampleur, tout en restant frais. La Fleur de Gay est mûr comme à son habitude, pas très concentré. Je suis très surpris de noter à ce degré de qualité le Château de Thieuley Réserve Francis Courselle, cuvée de merlot au nez puissant qui rappelle les Graves, gras en bouche. Vivement l'ouverture de la bécasse… Franc-Mayne à Saint-Emilion est gras, avec une finale agressive. La Cabanne est très bon, rond et souple ; je suis un fan des contre-étiquettes de Monsieur Estager : cette année, le logo habituel de la femme enceinte, celui d'une poule (ne pas ennivrer la basse-cour), et celui d'une allumette (attention au feu). Un exercice salutaire contre le politiquement correct. Le Défi de Fontenil est un pur merlot de Michel Rolland fermenté en fûts neufs. Comme les vignes ont été bâchées pour restreindre l'eau avant les vendanges, l'INAO a refusé l'appellation, et c'est un Vin de Table Français, comme naguères l'I……. de Valandraud ; du pur vin de garage, coloré, puissant, volumineux, peut-être un peu court en bouche. Vieux Maillet, notes de fruits noirs, une jolie bouche, me fait dépasser les 7/10. Capet-Guillier est une production Derenoncourt, un bon Saint-Emilion. Feytit-Clinet de l'ami Chasseuil, qui sort dans un mois un livre extraordinaire auquel j'ai collaboré, est très Pomerol, très charnu. Encore mieux notés, Vrai Canon Bouché à Fronsac, qui finit un peu court, mais est très bon, puis Bellevue que je découvre. C'était un grand cru classé assez obscur situé derrière au-dessus de L'Angélus, qui en est devenu récemment copropriétaire. Selon Jean-Bernard Grenié de L'Angélus, c'est la future Rolls de Saint-Emilion. Je veux bien le croire, tant le terroir est beau, une croupe de terre aux expositions variées. Le cabernet-franc y a été réduit à une présence symbolique, ça ne donnera donc pas un nouvel Ausone ; mais c'est excellent, très fin et raffiné. Gazin est intensément coloré, avec du corps et une belle finesse de tannins. Rol Valentin est très bon, avec du corps, et sans agressivité. Moulinet offre une robe grasse, une bouche longue, et un bel ensemble, une réussite pour ce cru. La Croix de Gay est un peu dur en finale, mais très complet. Je termine cette série par Troplong-Mondot. Sera-ce le meilleur vin parmi ceux que j'ai goûtés ? Je n'en sais rien. Mais sa robe sombre, son nez explosif, sa puissance et sa longueur en bouche font que l'addition des parties le met en tête de mon palmarès des Bordeaux 2009. Je déplore l'élévation constante des taux d'alcool, les extractions trop poussées… mais si c'est pour donner ça en grand millésime, d'accord !

POMEROL ET LALANDE-DE-POMEROL

Voici donc les vins de Pomerol dont l'encépagement ne comporte pas plus de 89,9% de merlot. En moyenne, mes notes sur ces vins sont un peu supérieures à celles sur les Pomerol très merlot. On ne se refait pas. Perron La Fleur est un vin de Lalande que je ne connaissais pas. Discret au nez, pas mauvais, mais un peu léger dans ce beau lot. Beauregard m'a semblé trop léger et court pour sa réputation. La Clémence aussi m'a déçu : en général je l'aime beaucoup ; nez de résine, bouche dure et sans fruit. Taillefer était muet ce jour-là, mais avec une bouche assez dure, de la fraîcheur et de l'avenir. Mazeyres est bon et souple. Siaurac, Lalande-de-Pomerol, est encore une réussite Derenoncourt, avec un beau boisé au nez et une bouche veloutée. Bellegrave a du volume et une belle structure. Tournefeuille est très beau, avec du volume et une finale sèche. La Croix est bon, tout en souplesse. Une marche de plus, et voici Le Moulin, avec du gras, moins impressionnant parmi ses pairs que d'autres années, Grand Ormeau à Lalande-de-Pomerol, complet et précis, Clinet, souple et facile, un très bon vin, mais qui n'est pas le Clinet d'antan. Puis La Fleur de Bouärd, sombre, aux notes de sous-bois, dense, avec des tannins forts. Vray Croix de Gay, avec une bouche incisive bienvenue. Jean de Gué, Lalande-de-Pomerol, un vin de caractère avec une grande longueur. La Pointe, plus puissant que de coutume, dur, intéressant. Viaud à Lalande-de-Pomerol (dont le propriétaire a ouvert en Médoc la gigantesque " Winery ", est-ce que ça va marcher ?) se signale par sa grande longueur. La Sergue à Lalande est mûr avec un bon volume. Le Château Fayat est bon, du corps et de la longueur. La Commanderie n'est pas très concentré, mais c'est un très joli vin. Bertineau Saint-Vincent est un beau produit de Michel Rolland. Montvieil offre un nez frais et raffiné, une bouche pleine finissant avec fermeté. Le Bon Pasteur, que j'ai goûté deux fois, est très bon, lisse et rond et velouté. Petit Village est réussi : jolie robe, riche et très bon. Le Clos du Clocher est ferme et dur, et très long en bouche. J'ai noté les trois derniers vins nettement au-dessus des autres : Le Plus de La Fleur de Bouärd, sélection en Lalande-de-Pomerol, au nez de champignons et d'humus, concentré, costaud, est-ce trop ? Puis Rouget, sérieux et grand classique, enfin le Clos L'Eglise, plein et rond, un vrai vin de plaisir.

SAINT-EMILION

Voici maintenant les vins de Saint-Emilion et des communes satellites qui accordent une part significative de leur encépagement aux cabernets. Le niveau d'ensemble est élevé. Comme en Médoc, les vins les plus renommés snobent les dégustations de l'Union des Grands Crus ; mais il y a pléthore de dégustations de vins moins connus, et les carrefours regorgent de panneaux ; il n'y a qu'à se laisser guider (la palme revenant à la belle dégustation des vins de Derenoncourt à La Gaffelière, dont le fléchage vous fait tout d'abord visiter le vignoble…). Lussac, de la commune éponyme, assez court. J'ai trouvé Beau-Séjour Bécot aromatique, frais, mais léger ; ce n'est pas l'avis général, je dois avoir tort. Sanctus est plutôt léger, mais avec une bonne longueur. La Conseillante n'est pas un Primeur facile, cette année non plus : clair, un nez fleuri, une bouche légère, de l'acidité… jugement réservé, puisqu'il finit en grand vin. Le Jurat est d'abord riche, mais manque un peu de fond. Canon a une belle robe sombre, mais finit un peu court. La Tour du Pin est l'ancien Château La Tour-du-Pin-Figeac-Moueix, récemment acheté par les propriétaires de Cheval-Blanc ; j'y gagnerai en longueur de ligne dans mes catalogues ; belle robe, bon vin. Figeac est discret comme toujours en primeur, ferme et longiligne. Le Château Messile Aubert de Montagne est très réussi, avec une bouche très équilibrée. Laroze est souple, avec de la réserve. Le Carillon de L'Angélus offre beaucoup de corps, avec des tannins puissants. Beauséjour est un cru de Montagne-Saint-Emilion conseillé par Stéphane Derenoncourt. Deux vins : le générique, 70% merlot et 30% cabernet-franc, bien. La sélection, assemblage par moitié, très vieilles vignes, avec un bon fruité. La Tour Figeac aussi est très bien. Guadet, ex Guadet-Saint-Julien, est boisé, avec du volume en bouche. Haut-Corbin, boisé aussi, souple, mais complet et tannique. Cap de Mourlin est fin et souple et délicieux. Daugay est une propriété de la famille Grenié de L'Angélus : un nez de terroir, une jolie bouche, bon vin. Balestard-La-Tonnelle est chaud, puissant et gras. Le Clos des Jacobins a un nez fleuri et une belle bouche un peu légère. Clos Fourtet est gras, puis fin et très aromatique, un 2009 de charme. Adaugusta est un petit vignoble récent de Saint-Hippolyte : chaud, puissant, fermé encore. Canon-La-Gaffelière a une belle robe, il est fin et carré en bouche. La Gaffelière, que pour la première fois l'arithmétique place à côté de son voisin, est très bon, équilibré, fin et souple. Berliquet est velouté, sans agressivité aucune. Larcis-Ducasse est complexe et typé. Rolland-Maillet a un nez développé, et une belle vivacité. Pour passer la note de 7,5 sur 10 sur mon échelle personnelle, le Clos La Madeleine, superbe terroir de la côte : belle robe pleine, vin facile, doux, très bon, qu'on a envie d'avaler… mais pas le droit ! La Couspaude est fermé, long et droit. Grand-Mayne a du corps et une belle finale. Une petite marche pour arriver jusqu'à Beauséjour-Duffau-Lagarosse, très bon et prometteur. Cadet-Bon est gras, avec une belle attaque franche et incisive comme un ferrage sur une mouche de Nathalie Siad (professeur de la pêche à la mouche dont j'édite prochainement les Retours de pêche, voir sur www.LaTruiteDeQuenecan.com ). Chaque année le prends plus de plaisir à déguster Le Petit Cheval que son aîné. C'est la preuve de ma naïveté, puisque je sais bien que Cheval-Blanc sera supérieur ; mais à ce stade de vin jeune, j'admire le nez fleuri, le velouté de la bouche et la belle finale ; voilà véritablement l'agrément d'un second vin : donner un avant-goût en plus simple de ce que deviendra le grand vin quand nous ne serons peut-être plus là pour le boire. Larmande est comme à son habitude riche et puissant, au nez ouvert, un grand vin d'abord facile. L'Angélus offre un nez évolué, beaucoup de volume et une grande finale. La Dominique a une robe très grasse, un nez puissant et un gros volume en bouche. Cheval-Blanc est un beau vin, extrêmement soyeux et long en bouche, évidemment un vin qui se fera sur la longue garde et que la propriété qualifie de grande réussite ; un énorme chantier en cours a conduit à l'arrachage de vignes pour la réalisation d'un chai souterrain. Voilà pour Saint-Emilion, où, je le redis, la qualité d'ensemble est élevée.

MEDOC

La situation est différente en Médoc, puisque les encépagements sont très divers. Sachant que tous les cépages ont atteint une belle maturité, l'ensemble des vins seront de qualité. Comme précédemment, j'ai classé les vins par ordre de préférence croissant. Malescasse semble s'être trompé de millésime, Armel Josselin de la BEI m'en a fait la remarque. Greysac est court en bouche. Monbrison est serré, court, ce n'est plus le grand vin d'antan. Labégorce aussi finit un peu court. Beychevelle a un joli nez poivré, mais peu de couleur ; il finit acerbe, ce qui est rare en 2009. Ferrière est correct, dans un mode mineur. Fonréaud de Listrac commence bien et termine dans une certaine amertume. Une marche nous amène à Lacoste-Borie à Pauillac, robe claire, un peu sec, puis au Château Marquis de Terme, plutôt dur et sec cette année. Prieuré-Lichine est carré et viril. La Tour de By est bon et équilibré. Citran commence bien et finit moyennement. Clarke a une trame serré qui se relâche en fin de bouche, à voir. Brane-Cantenac, je lui donne une petite note, réflexion faite j'aime bien son soyeux, sa finesse et sa longueur. Cantemerle, superbe propriété accueillant la dégustation de l'Union des Grands Crus, a une robe sombre, un nez peu ouvert, une bouche longue et serrée. Coufran, le " Pomerol du Médoc ", est doux avec une bonne longueur. Rauzan-Gassies fut meilleur dernièrement ; assez fin, bien, sans excès. Angludet est muet, puis fin, long et soyeux en bouche. Fourcas-Hosten a un nez épicé, une bouche vive puis dure. Batailley est un joli 2009, tout en équilibre y compris la finale. Maucaillou est gras, puis sec en bouche. Lynch-Moussas commence pas trop mal et finit bien. Malescot-Saint-Exupéry n'est pas le grand vin des millésimes précédents, mais il est souple et riche. Pichon-Longueville Baron de Longueville est vif et rond, mais me semble léger pour ce cru. Durfort-Vivens joue sur l'élégance et la finesse. La Lagune est gras, au beau nez de fleurs, élégant en bouche avec une finale dure. Siran est suave, mais sec en fin de bouche. Beaumont s'en tire bien par la finesse et l'élégance. Branaire-Ducru est très bon avec un nez boisé. On est loin du haut, mais déjà dans des vins de grand plaisir. Phélan-Ségur, dur, sans fruit, acerbe, du potentiel. Cos Labory attaque sur le bois, puis est soyeux et fin, comme mouche bien posée (voir plus haut). Dauzac est riche. Lamothe Bergeron, Haut-Médoc, est marqué par un beau nez, fumé, et une finale assez longue. Langoa-Barton a une belle robe, un nez finement boisé, il est carré en bouche et un peu court. Clerc-Milon est parfumé, fruité, d'un beau volume. Les Ormes de Pez a une très belle robe, un nez chaud et velouté, mais reste dur en bouche. Le Château du Tertre est puissant au nez, soyeux en bouche, raide en finale. Gruaud-Larose a un nez intense de fruits rouges, il est souple en bouche avec une belle finale. Lafon-Rochet a un nez réservé, sans grande maturité, puis un corps massif, qui finit sur des notes de terre. Lamarque sort une belle bouteille, nez puissant de cèpes comme j'en ai mangé hier ! puis plein et dur. Rauzan-Ségla est coloré, au nez discret de réglisse, complexe en bouche et très long. Cantenac-Brown est riche, épicé, précis et riche en bouche, un beau vin. Fourcas-Dupré a des notes poivrées, un corps souple, doux, avec une finale incisive. Grand-Puy-Lacoste a une robe intense, un nez puissant, une bouche pleine avec une longue finale. Poujeaux est fruité, gras avec de beaux tannins puissants. Camensac a du gras, un nez discret, une trame longue et serrée, de l'élégance. Kirwan est gras, riche et complet. Desmirail est très bon en tout, avec un grain serré. Dans une dégustation de Saint-Emilion, j'ai par contraste placé très haut Sérilhan,un Saint-Estèphe à la belle étiquette Art Nouveau : très bon, long et charnu. Le nez de Haut-Batailley manque d'élégance, la bouche concentrée et une bonne finale rattrapent l'ensemble. Léoville-Poyferré a une certaine verdeur au nez, que je préfère appeler fraîcheur, puis une bouche puissante, rustique presque, un peu d'amertume, bref beaucoup de jeunesse. Chasse-Spleen a un nez de résine et goudron, il est vif, avec de beaux tannins et une finale longue et douce. Léoville-Barton est raffiné au nez, sec et carré en bouche avec une finale imposante. Lynch-Bages est profond de robe, brut et massif, avec la plus belle finale du lot. Belgrave a une robe profonde et splendide, un nez mûr, de l'allonge et de l'ampleur, peut-être un peu court à la fin. Le Château de Pez a une très belle robe (c'est une marque du millésime), du fruit, une bouche puissante un peu rustre, bref très Saint-Estèphe. Giscours une fois de plus ne fait pas dans la dentelle : nez puissant et mûr, traces de goudron, beaucoup de volume, de la dureté. La Tour Carnet a une très belle robe sombre, un nez puissant marqué de cuir, une belle longueur et des promesses. Croizet-Bages m'a surpris par son sérieux pauillacais et son classicisme, ce qui explique cette haute place. Lagrange a un nez pas trop mûr, du corps et de bons tannins, une finale ample et sèche. Un pas plus haut, voici d'Armailhac, une jolie robe nuancée, un nez boisé, un corps sec et corsé, un bel équilibre. Pichon-Comtesse passe en puissance, excellent. Lascombes : 48% de cabernet-sauvignon récolté à 13°, 48% de merlot récolté à 14,5°, 4% de petit-verdot récolté à 14%, ce qui n'est pas fréquent ; riche, très bon, comme la plupart de ses pairs, l'alcool n'est pas du tout dominant. Saint-Pierre est vanillé au nez, puis puissant, très très jeune. Grand-Puy-Ducasse m'a beaucoup plu : de la vanille, un bon grain de tannins, corsé. Talbot est mûr et puissant, épais et corsé. Haut-Bages-Libéral enfin, belle robe, raffiné, vif et long.

GRAVES ROUGES

Le Château des Fougères, à La Brède, propose deux cuvées : La Raison, élevé en cuve, léger et court, et La Folie, élevé en barriques, plus concentré. Chantegrive offre un bon boisé, puis une bouche féroce. Haut-Bergey a une robe limpide, un bon volume, de l'amertume. On passe un cran avec Olivier qui sort un bon vin, à la finale un peu amère. Ferrande a un nez boisé, une bouche souple et agréable. Larrivet-Haut-Brion est complet, un peu mou en bouche. Malgré ma passion pour Haut-Bailly, je l'ai trouvé dur et tannique ; à revoir. Picque-Caillou est comme souvent fruité et source de plaisir. Les Carmes Haut-Brion est un vin boisé, avec du fruit et une bonne longueur. Le Château de France a une belle robe sombre, un nez frais (genêts) et est complet en bouche. Carbonnieux est fin de nez, gras en bouche et finit bien. Bouscaut donne un beau vin, fluide et long. Chevalier est coloré et profond, avec du volume et de beaux tannins. Une marche au-dessus, Latour-Martillac, encore un vin pour lequel je ne suis peut-être pas objectif, se distingue par sa grande longueur en bouche. Pape-Clément, même note mais vin bien différent, est puissant et viril, mais avec du fruit prometteur. Fieuzal est coloré, avec un nez mûr de miel, puissant et dur en bouche. La Louvière a une belle robe, un joli nez de fruits rouges, et en bouche un grand volume et de la longueur. Malartic-Lagravière est coloré, aromatique, noble, long et sec. Enfin, Smith-Haut-Laffite, rarement dans mes favoris, qui accueillait la dégustation des Grands crus, est très beau avec des notes de cuir et un charme indéniable. Je le répète, gros niveau d'ensemble dans les Graves.

BORDEAUX BLANCS

Rahoul en Graves m'a semblé lourd et mou. Olivier, de robe trouble comme beaucoup de blancs (mais ce n'est pas un problème à ce stade, juste le constat que les dégustations primeurs ont lieu bien trop tôt, à un mauvais moment dicté par les commerciaux, de même que les matchs de football sont programmés la nuits pour être vus par le maximum de téléspectateurs… stop vieux réac !). La cuvée Caroline de Chantegrive m'a déçu. Ferrande est rond et mou. Une marche au-dessus, Larrivet-Haut-Brion est plus complexe, avec encore une certaine mollesse. La Louvière est raide et sec, ce qui est déjà arrivé, sans qu'il s'ouvre à court terme. Une marche plus haut, voici Bouscaut, fruité, bon, en longueur. Puis Fieuzal, gras, avec du miel, corsé et finissant dur. Malartic-Lagravière est discret de nez, mais rond et plein en bouche. Smith-Haut-Laffite est est puissant, corsé, avec une belle acidité. Haut-Bergey a une belle robe limpide, un nez noble avec de l'amertume, une bouche pleine et longue. Pape-Clément est coloré, boisé, puissant en bouche, presque lourd. Picque-Caillou est un joli Graves, avec du gras en bouche. Carbonnieux est fin, et gras en bouche. Latour-Martillac se distingue par sa grande longueur. France a une belle robe, un nez fleuri, et une jolie bouche. On passe ensuite une grande marche pour monter jusqu'à Chevalier, très bon, et enfin un blanc tannique, et une très haute note.

VINS LIQUOREUX DE BORDEAUX

Romer du Hayot est trouble, ce qui n'est pas une tare à cette époque ; mais il est court. Caillou offre un joli nez d'orange, mais reste court en bouche. Arche reste amer. Lamothe-Guignard a un joli nez d'oranges confiotes, un corps joli mais un peu court. Malle m'a semblé en retrait, certes velouté, mais léger. Lafaurie-Peyraguey est riche et gras, mais curieusement léger en fin de bouche. Une marche plus haut, Bastor-Lamontagne est réussi sans histoire. Rieussec ne m'a pas semblé très concentré pour ce cru, un peu léger, mais avec une bonne finale. A la réflexion, il est courant que je le note mal, alors que le vin devient très bon. Suau a une bonne longueur, un corps soutenu par l'acidité. Clos Haut-Peyraguey est concentré, parfumé riche et amer en finale. Filhot est très fin et d'une bonne longueur. Lamothe Despujol a un nez fruité et pesant, du corps et de la longueur. Broustet est moyennement concentré. Doisy-Daëne est assez léger, mais d'une grande netteté. Une marche plus haut, Sigalas-Rabaud est vif et rond, manquant un peu de fermeté. Doisy-Védrines est plein et gras. Myrat est très parfumé, plein mais un peu court. On monte d'un cran avec Rayne-Vigneau, coloré, au riche nez d'agrumes, structuré en bouche et très bon. Fargues est puissant et massif, avec une finale prometteuse. Guiraud est plein et charnu. Rabaud-Promis a une belle robe, un nez bien mûr, du volume et de la longueur. Suduiraut est beau, savoureux, élégant et long. La Tour Blanche est gras et complet. Coutet offre une robe superbe, avec du gras, un nez fruité et riche, un corps imposant où la liqueur est équilibrée par l'acidité. Nairac enfin est très complet et d'une grande longueur.

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