BORDEAUX PRIMEURS 2010

Le rapport de Gilles du Pontavice

Bordeaux primeurs 2009 La Truite de Quénécan, page portail Bordeaux primeurs 2011 Bordeaux primeurs 2012

" Le vin devenu à la mode et l'imagination des verriers oeuvrant, l'usage du nez connaît une véritable hypertrophie. Qui ne s'est pas senti isolé dans un groupe de dégustation en entendant évoquer l'odeur du cassis, du musc, de l'abricot et même de l'abricot de Californie (…)? Le monde gustatif du Bordeaux est celui du tannin bien plus que celui des odeurs. Il existe dans un vin de Bordeaux qui a moins de 3 ans une opposition entre l'intensité du nez et la présence de tanin. A cet âge, plus un vin a du nez, moins il possède de corps et vice versa. Or, un grand vin ne peut pas être sans corps. Sinon, il se présente dilué, mince sans pouvoir jamais révéler les atouts de son origine, de son terroir avec le temps. En donnant trop d'importance au nez de nombreux goûteurs risquent un contre sens majeur : préférer à l'aveugle le second vin d'un château à son grand vin " (c'est vrai, voir mon rapport sur les 2009, où je constate que régulièrement-logiquement en primeur je préfère le petit au grand cheval (Gilles du Pontavice) " (…). C'est la raison pour laquelle il ne peut s'apprécier que par la bouche. Par elle s'ouvre la lecture de sensations essentiellement tactiles. Elles informent sans ambages sur la qualité de constitution de tous les vins et de leur potentiel à se révéler avec le temps (…). Ainsi et même si cela semble paradoxal, pour savoir goûter les Bordeaux jeunes et décider de les encaver ou pas, je vous recommande de cesser de raisonner en termes de saveurs (odeurs, arômes et saveurs sont liés en dégustation). L'essentiel est de centrer l'attention sur la présence physique du vin dans la bouche. L'expérience prouve que lorsque la bouche est bien en place, le nez suit. "

Jean-Marc Quarin, www.quarin.com

Cette longue citation de Jean-Marc Quarin, un spécialiste des dégustations en primeur, qui a l'avantage d'habiter Bordeaux et de fréquenter régulièrement les domaines, introduit ce compte-rendu de quelques dégustations du millésime 2010. Déjà qualifié d'exceptionnel, il donne pourtant lieu à beaucoup de controverses. Une chose est sûre : comme en 2009, il y a beaucoup d'alcool, trop d'alcool, avec des vins qui dépassent parfois les 14°. Alors qu'en 2009 cela était gommé par le fruité intense des vins, qui étaient un vrai plaisir si jeunes, en 2010 on est face à l'alcool, à l'acidité et aux tannins. Ca peut impressionner, mais à mon stade de dégustateur j'ai été rebuté notamment par les vins de merlot. On trouve souvent des vins qui ont " trop de tout ". Les merlots ont " coulé ", une deuxième génération de raisins s'est développée, il a fallu attendre très tard pour les vendanger à maturité, et je ne crois pas que la maturité ait toujours été suffisante ; au résultat, quelque chose qui ressemble à de super-1975, le genre de vins qui mourront debout sans s'être ouverts. Et souvenez-vous des 1928 ! C'est du moins mon opinion. En tous cas, il n'y avait parfois aucun plaisir à goûter ces vins en primeur pour moi, qui ne suis pas un spécialiste de cet exercice. J'ai d'ailleurs noté une certaine perplexité chez les grands critiques, qui traduit une inquiétude envers l'évolution des vins : il y en aura de très grands, mais il y en aura sûrement de médiocres. Trop de tout tue le tout !

Pour les potins du jour, notons le coup de gueule de Michel Bettane contre les critiques qui sortent leurs notes de dégustations avant la présentation officielle des primeurs. Il a raison, quoique je comprenne que Quarin, qui passe sa vie dans les chais, donne ses infos au jour le jour. Le critique type passe une semaine à Bordeaux et rédige ses notes qu'il transmet par Internet à sa rédaction, car c'est une question d'heure pour sortir le premier ; c'est très amusant à observer : parfois il parle à son dictaphone et à l'autre bout du monde une des dernières sténodactylos en service recopie ses commentaires. Ca ne change rien au vin, qui sera mis en bouteille dans 18 mois. Ce ne sera peut-être pas le même vin. Les quelques barriques qui ont fourni les échantillons sont rarement les moins bonnes. Mais ça occupe, ça fait marcher le commerce.

Déjeunant (c'est le passage obligé du compte-rendu people) au Château Barde-Haut avec Monsieur et Madame Decoster, venus en voisins du Château Fleur-Cardinale, il m'a échappé de dire que je viens tous les ans aux primeurs pour goûter les vins et prendre des notes que je ne publie pas, il y a bien assez de gens compétents pour le faire. Tout au plus je me permets ce compte-rendu assez indigeste, pour mes clients de VinorumCodex. Quand il sera fini et expédié ,je l'oublierai pendant trois ans, et je fignolerai mes notations de qualité pour le millésime 2007. Tout le monde l'a déjà oublié, mais VX est la mémoire du vin…

En 2010, les vins de cabernet sont souvent très réussis, surtout à Pauillac et Saint-Julien. Le petit verdot, cépage d'appoint, bien mûr, renforce l'élégance des vins qui en possèdent. Voici donc comme d'habitude la revue des vins que j'ai goûtés, classés par région et par ordre croissant de préférence, avec une exception pour les vins de merlot classés ensemble, tant il me semble que la prédominance de ce cépage abolit les frontières des appellations…surtout en 2010.

BORDEAUX DIVERS

Bel-Air La Royère, un vin de Blaye, est un peu court, mais fruité et sympathique. Cap de Faugères présente bien, mais finit assez simplement. Roland La Garde, autre Blaye a un beau nez épicé, poivré, en bouche il est dur, un peu vert, d'un bon potentiel. Le Clos Puy-Arnaud est un joli vin assez léger.

MERLOT

Il s'agit ici des vins qui comprennent 90° ou plus de merlot dans leur encépagement. Je me suis déjà expliqué sur ce parti-pris qui confine à l'ostracisme, mais c'est comme ça. Je n'ai rien contre le merlot, mais le Bordeaux est d'abord un vin d'assemblage, et 2010 est l'année du cabernet-sauvignon. Mais je n'ai pas goûté beaucoup de Pomerol cette année.

Beau Soleil est en bas de l'escalier. L'Aria est une cuvée 100% merlot du Château La Rivière ; belle robe, sobre en bouche. Dalem est dominé par l'acidité. Haut-Carles est carré. Le livre 100 bouteilles extraordinaires de la plus belle cave du monde de Michel Chasseuil, auquel j'ai collaboré, vient de recevoir le prix Hall of Fame du meilleur livre au monde sur le vin. Super, mais je suis obligé d'écrire que je n'ai pas aimé son Feytit-Clinet 2010, dur et âpre, j'ai l'impression d'être tout seul, pardon Chasseuil. Chadenne a un joli nez, de l'âcreté en bouche. Haut Ballet (Fronsac) finit dur. Francs Les Cerisiers est mûr au nez, mais finit dur. Carlmagnus est dominé par l'acidité. Carteau Côte Daugay est vif, sympathique sans plus. Le Fontenil de Michel Rolland est bien mûr, puissant en bouche. La Gravière a un beau nez et du volume. Le Clos Dubreuil a une fraîcheur bienvenue, mais finit dur. Chambrun a une belle robe sombre, il est puissant en bouche mais semble vert. L'Ambroisie du Château La Croix des Moines (ouf) est bon, avec du volume. Bourgneuf est long, avec une bonne finale ferme. La Fleur de Gay est un vin sérieux, avec de la mâche.

Péby Faugères a une jolie robe nuancée, il est très puissant, presque lourd. La Fleur d'Arthus est bien construit. Riou de Taihas est un joli vin avec une belle finale. Lynsolence a une robe intense, mais une bouche un peu creuse. Troplong-Mondot est coloré, puissant et amer. Perron La Fleur, Lalande-de-Pomerol, est frais et rafraîchissant. Croix de Labrie a une belle vivacité. Rol Valentin a un beau corps, une finale forte. Bonalgue a une robe claire, une bouche lisse et longue. Vieux Maillet est long et complet. Patris a beaucoup d'élégance et de longueur. La Gomerie, de robe un peu terne, est très bon, long et gras. Le Fer de Cheval Noir a un nez imposant et fruité, il est puissant et hamonieux. Les Grandes Murailles est aromatique, souple et long. Villemaurine est intense, vineux, très bon. Le Plus de La Fleur de Bouärd est plein et corsé. En haut de l'escalier, Bellevue prouve avec éclat qu'on pouvait maîtriser les merlots.

FRONSAC, POMEROL, LALANDE, SAINT-EMILION

Pressé par le temps, je n'ai pas pu visiter les vins de Jean-Luc Thunevin. Mais je vous conseille de passer voir son site http://www.thunevin.com … Bad Boy, une alternative au Château Lafite pour les chinois riches ! En 2009, j'avais beaucoup aimé les vins de Fronsac, dont la fermeté habituelle était tempérée par la maturité. J'ai trouvé les 2010 bien plus durs. Il me semble que Lalande-de-Pomerol a bien réussi en 2010. Moulin Haut-Laroque est dur. J'ai été déçu par Cassagne-Haut-Canon, clair et court. Villars n'est pas très engageant. Pour la première fois, je suis déçu par La Clémence, toujours controversé, mais cette année bien amer. Taillefer est un vin carré. Jean de Gué finit court. Barrabaque a une robe intense, il est assez acide avec des tannins présents. Trimoulet est bien court. Côte de Baleau est dur, mais dur… Montviel n'est pas mal, mais quand même, c'est dur ! Trianon n'est pas mal, mais manque d'ampleur. Ripeau semble peu mûr, mais le lendemain et autre part, il a un beau nez de sous-bois. Moulin-Pey-Labrie a une robe claire et un corps fruité. Les Trois Croix, robe un peu trouble, pas grave à ce jeune âge, bon standard. La Dauphine, bon nez, costaud en bouche. Balestard-La-Tonnelle est boisé et très sec. Le Pas de L'Ane est discret, avec de la rondeur. Bergat est bon, discret. Faugères manque de finesse. Fonplégade est impressionnant, agressif en bouche, que donnera-t-il ?

La Rivière est plein et long, à mon avis bien meilleur que l'Aria (je les ai goûtés à l'aveugle). Bellegrave se présente très bien, mais finit dur et amer (c'était le premier jour, je ne pensais pas que ça empirerait !). Je ne connaissais pas Lécuyer à Pomerol ; il est équilibré dans un petit format. Le Clos du Clocher a du fruit, c'est peu courant, et de la longueur. Tournefeuille est discret au nez et discret en bouche. Lassègue est un peu court et léger. Laplagnotte Bellevue est ferme et plutôt rural. Tiens, Gaby a perdu sa particule, mais il conserve son bel équilibre. Mazeyres est long et soyeux. Franc Grâce Dieu est un joli vin avec une bonne finale. Daugay est peu concentré. Le Couvent des Jacobins a un nez étrange, mais une bonne longueur. La Gaffelière est discret et fruité. Le Bon Pasteur se présente bien, avec une finale longue et de bon augure. La Vieille Cure, que j'avais beaucoup aimé en 2009 (sans doute pas seul, vu le prix en primeur), est plein et ferme. Siaurac est discret et tout en longueur. Jean Faure a un nez ouvert et une bouche complète.

Laniote est en rondeur. Grands Barrails Lamarzelle Figeac est franc, avec un goût terreux. Cap de Mourlin est poivré au nez, très dur en bouche. Sansonnet est vif, soyeux et long. Corbin est fermé en nez, mais prometteur. Canon-La-Gaffelière est souple et élégant, sec en finale. La Tour Figeac est boisé et offre un joli corps. Larmande est fortement boisé, et ensuite très sec. Soutard est coloré, souple en bouche, il rentre dans le rang… Le Domaine de l'Eglise a un nez charmant, il est fin et long. La Sergue est riche, assez long, un beau vin. Fombrauge montre une belle robe brillante, la bouche est sérieuse et carrée. Rochebelle a un nez un peu herbacé, mais la bouche harmonieuse donne des espoirs. Saint-Georges-Côte-Pavie est sérieux et bien structuré. Le Clos des Jacobins garde de l'amertume. Le Prieuré est aromatique et bien construit. Haut-Sarpe est avenant, avec du gras. Dassault a un nez floral, une bouche fluide, une finale sèche. Fonroque est très plaisant. Magrez Fombrauge est bien fait. Grand Corbin Manuel a un beau nez et une bouche vive. Chauvin est réservé, équilibré, assez léger. Le Clos La Madeleine joue sur la finesse. Boutisse est brillant, un peu torréfié, avec une bonne longueur. Faurie de Souchard, belle robe, encore fermé, long en bouche, finale sèche. La Clotte est long, concentré, mais pas net au nez. Le Clos Saint-Martin est concentré et finit sec. Larcis-Ducasse est bien boisé, long et sec. Grand Corbin Despagne, plutôt léger et fruité. La Grangère est léger et acidulé et agréable. Viaud est complexe et de bonne longueur. La Commanderie est aromatique, avec une belle bouche en longueur. La Serre est puissant, riche, finale sèche. Le Clos Fourtet n'est pas très corsé, mais finit sec. Grand-Mayne a au nez un boisé léger, en bouche une bonne longueur. Berliquet est bon et bien fruité. Trotte-Vieille, pas très corsé, est un joli vin. Corbin-Michotte est fruité, souple et facile.

Grand Ormeau est déjà ouvert et plaisant. Vray Croix de Gay, comme en 2009, est un beau vin finissant sur l'amertume de jeunesse. Le Château Fayat (en passant, le site internet n'est pas à jour) est puissant et corsé. Le Moulin, au nez de résine, développe une belle intensité en bouche. Barde Haut accueillait la dégustation du Cercle Rive Droite dans ses salles toutes neuves, toutes écologiques et à l'architecture novatrice ; le vin est très bon, frais, d'une longue finale. La Fleur de Boüard a une robe concentrée, est puissant, au nez torréfié. Pressac est généreux en alcool comme en longueur. La Marzelle est puissant, très long, de bonne finale. La Dominique offre un bon boisé, il est plein en bouche, sec en finale. Fleur Cardinale a une robe sombre, un nez de goudron, du corps et des tannins sérieux. Comme l'an dernier, et toujours à l'aveugle, j'ai beaucoup aimé le Clos L'Eglise; est-ce le Pape-Clément de Pomerol? Comme l'an dernier, et toujours à l'aveugle, j'ai beaucoup aimé Rouget, gras, élégant en tout. Bellefont Belcier fait un beau vin, vif et long. La Pointe a un nez de fruits rouges, il est plein et velouté. Figeac est coloré, équilibré, réservé bien sûr, finale sèche.

Ferrand Lartigue est brillant, fruité, long et carré. Carillon de L'Angélus est excellent, plein et long. Cadet-Piola est gras, très plein en bouche, belle finale. Beau-Séjour Bécot est fruité, frais et équilibré, dur en finale. Franc-Mayne a un nez joliment boisé, il est plein et sec. La Couspaude est plein et intense, sec en finale.

Enfin, au sommet de ce que j'ai goûté, Pavie-Macquin est complexe, charnu, excellent. Angélus est très puissant, mais sans la rudesse du millésime.

MEDOC ET GRAVES

J'en ai bien trop peu goûtés et je le regrette : c'est là qu'on pourra faire de belles affaires avec de beaux vins de garde. Pour moi, le plus homogène est à Saint-Julien, avec quelques bémols. On dit beaucoup de bien des vins de Margaux ; pour ma part j'ai trouvé que pas mal de vins y manquaient de corps. Les vins sont plus civilisés qu'à Saint-Emilion, mais bon nombre d'entre eux semblent concilier, mal, un degré d'alcool élevé avec une maturité insuffisante. Sans en faire toute une histoire, je remarque que le petit-verdot, quand il est bien mûr comme cette année, apporte une touche d'élégance et une jolie acidité aux vins.

Bardins est vert au nez, souple en bouche. Citran (ci-contre, superbe propriété) est bien dur. BeychevelleFourcas-Dupré manque de maturité, le vin est dur. Fourcas-Hosten manque de maturité, le vin est dur. Batailley est " pointu ", aigu, facile. Baret a du fruit, une finale qui sèche. Baulos-Charme a beaucoup de merlots et de la dureté. Durfort-Vivens, sa bonté confine à la faiblesse (c'est de Tristan Bernard).

Lascombes avait ce jour-là un nez curieux, pas top, une bonne longueur en bouche, mais quand même… Monbrison, court. Prieuré-Lichine est facile. Ferrières aussi manque de caractère. Greysac est léger pour l'année. Coufran est dur. Phélan-Ségur aussi. J'ai trouvé Talbot sans expression. J'ai trouvé Branaire fin et long, mais petit, je souhaite me tromper. Lespault-Martillac, un fermage du domaine de Chevalier, est boisé, long et assez fin. Couhins-Lurton n'est pas mal, mais un peu court. Je suis désolé de donner une telle note à Haut-Bailly, que j'ai trouvé élégant, mais bien discret. Brane-Cantenac ne m'a pas semblé très mûr. Malescasse est meilleur qu'en 2009 avec une jolie robe.

Cambon La Pelouse est strict et raide. Brown est coloré, mais dur. Camensac est joliment fruité. Beaumont est dur. Rochemorin est long et classiquement vanillé. Haut-Bages-Libéral est facile d'abord. Croizet-Bages n'est pas mal, joli sans aspérités. Lynch-Moussas est sérieux en bouche, sec. Couhins a du bois, mais il est franc et sain. Sérilhan est souple. Sénéjac est bon, un peu creux en milieu de bouche. Latour-Martillac est dur comme jadis. J'ai du louper Grand-Puy-Ducasse, noté léger, alors qu'il a déjà une bonne réputation. Carbonnieux est dur et massif. Rauzan-Gassies n'est pas mal. Le Tertre manque de fruit au nez comme en bouche. Saint-Pierre est très apprécié je l'ai trouvé trop dur. La Tour de By est coloré, intense en bouche, finit plutôt court. Cantemerle démarre bien, mais finit sur l'amertume. Maucaillou est bien mûr. Clément-Pichon est mûr, mais mou. Le Clos du Jaugueyron est un joli vin avec de la fraîcheur. Lafon-Rochet est intense et franc en bouche. Pichon-Longueville au Baron de Longueville a un nez puissant et une bouche raffinée.

La Louvière est très bon. Dans la famille Lurton, Desmirail se place très bien : non content d'accueillir avec élégance les crus classés de Sauternes, il sort un 2010 au joli nez, harmonieux en bouche. Marquis de Terme est franc et un poil rustique, dans sa lignée. Mille-Rose, un Haut-Médoc qui déclare aussi un appellation Margaux, est très bon, long en bouche, et porte bien son nom. Fonréaud est très agréable, avec du fruit et de la rondeur. Chasse-Spleen a un nez riche et noble, une bouche harmonieuse. Agassac est plein et vif. Belle-Vue de Macau est frais et équilibré, il comprend 20% de petit verdot planté sur les bonnes terres et non pas sur les palus. Dauzac a un beau nez, de l'ampleur, il est rond et un peu facile. Giscours est Giscours de bonne année, un peu rustique, mais finalement généreux. Jaulien en Pessac-Léognan est un petit cru de Cadaujac dominé à 83% par le cabernet-sauvignon, le propriétaire s'appelle David Castaing, il n'a pas apporté de documentation parce que personne ne lui en a demandé l'année dernière, un beau nez, une belle bouche et des tanins avec un seul " n ", je suis bien content de l'avoir rencontré, pourvu qu'il m'envoie la doc !

Pez est coloré, puissant et direct. Paloumey est puissant au nez comme en bouche, avec une belle finale. La Lagune est boisé, mais d'un bon boisé, plein, sec en finale. D'Armailhac est réussi et équilibré. Bouscaut, encore vanillé, est puissant et long. J'ai bien aimé Cantenac-Brown et sa vivacité en bouche. Pichon-Longueville Comtesse de Lalande est un beau vin. Lynch-Bages ne peut qu'être bon, mais il était puissant et fermé. Chevalier est complet, lisse et élégant. Lamarque (10% de petit-verdot) est bien construit, avec une finale vive, très tannique mais sans l'âcreté si courante en 2010. Langoa-Barton est carré et sérieux, long en bouche. Malescot-Saint-Exupéry est bien construit, avec la dureté qu'il sied au millésime. Belgrave est riche et de bonne facture. Cos Labory est bien en tout. Labégorce a un nez puissant plein de fruits, une bouche pleine et raffinée, c'est un vin très plaisant. Léoville-Barton est aussi complet qu'il est fin. Siran est excellent, avec de la fraîcheur. Angludet est bien fait, classique, bonne finale. Rauzan-Ségla, je ne sais pas quoi en penser, il est jeune et puissant, il pourrait faire une grande bouteille. Poujeaux est coloré, construit, long, droit. l'Alter Ego de Palmer est puissant et encore dur. La Tour Carnet est très bien, carré, décidément l'écurie Magrez omniprésente sur les panneaux publicitaires de la route du Médoc fait du bon boulot. Kirwan, une belle robe autour d'un beau corps, un plaisir. Léoville-Poyferré a une belle robe, est très corpulent, peut-être un peu court. Gruaud-Larose est ample comme d'habitude.

Malartic-Lagravière est plein de fruit, plein en bouche et grand en finale, et en plus ils savent recevoir. Lagrange m'a beaucoup plu, fruité, plein, avec des tannins prononçés mais souples. Grand-Puy-Lacoste revient aux dégustations des grands crus, avec un Pauillac tout en puissance. Pape-Clément est bien sûr très différent, regorgeant de notes boisées et très massif. Les Ormes de Pez est gras et très riche. Fieuzal est de gros calibre. Palmer étonne par sa souplesse, sa fraîcheur. Gloria est très beau et équilibré. Clerc-Milon est puissant et complet, Ouahh ! Le Vin de Louise serait bien sûr le meilleur... s'il existait vraiment.

En conclusion, je crois qu'il s'agit d'un millésime où l'on trouvera de très grands vins, et aussi un grand nombre de vins ratés. Bref, quelque chose comme le 1975.

GRAVES BLANC

De très bons vins à la dégustation de l'Union des Grands Crus. Je n'ai pas pris de notes, les goûtant pour le plaisir. Car je comprends mal que le meilleur vignoble de vins rouges vende ses blancs plus cher que ses rouges.

BARSAC ET SAUTERNES

Pas de notes non plus, une journée de vacances. Les vins sont très bons, pourquoi pas Broustet comme outsider ?

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