BORDEAUX PRIMEURS 2011

Une semaine de dégustations - Le rapport de Gilles du Pontavice, expert en vins

Bordeaux primeurs 2012 Bordeaux primeurs2010 Bordeaux primeurs 2009 La Truite de Quénécan, page portail VinorumCodex

Dimanche

La semaine démarre en force avec la dégustation de presse du Cercle Rive Droite au Château Barde-Haut à Saint-Christophe-des-Bardes, un amas d'acier rouillé sur les collines, que je trouve très réussi. Les 140 vins présentés peuvent être dégustés soit à découvert, soit à l'aveugle, et je choisis cette seconde solution. Trois par trois, c'est long , car je ne fais pas cet exercice très souvent. Par a priori, je me garde des a priori, et je n'ai pas lu grand-chose sur le millésime 2011. Je sais quand même que l'année a été peu orthodoxe en climat, et qu'on s'attend à de grandes disparités.Printemps chaud, été froid, si on additionne les chiffres, c'est une année très chaude... mais avec une répartition de la chaleur très inégale. J'ai lu que Robert Parker aurait écrit que, compte tenu des informations qu'il avait, les Bordeaux 2011 n'auraient aucun intérêt. Si Parker lui-même commence à tenir compte de l'avis des autres, c'est que la roue tourne…

Première impression : les Fronsac me semblent très durs, alors qu'ils étaient si opulents en 2010. Les vins de Bourg et Blaye sont plus plaisants. Lalande-de-Pomerol est un peu mieux et Pomerol un peu mieux que Lalande, mais dans l'ensemble je n'aime pas trop les vins ; je leur préfère de beaucoup les Saint-Emilion, avec de grandes disparités.

Au retour, je m'arrête à Sainte-Croix-du-Mont qui propose un itinéraire fléché qui s'apparente à un jeu de piste. Le 2011 annoncé n'est pas toujours disponible à la dégustation, et je ne suis là que pour ça.

Dégustation à l'aveugle par de futures journalistes du vin

Les clefs...

du silence...

Lundi

C'est le jour des journalistes, et à Saint-Emilion on a sorti le cheval de labour, en oubliant toutefois de ranger le camion de location ; ayant raté le cheval, je n'ai qu'une photo du camion. J'étais avec Bleuzen SansCuisineFixe et nous ne voulions pas rater la dégustation des vins de Bernard Magrez -omniprésent sur les routes de Gironde- ponctuée d'un déjeuner en partenariat avec Joël Robuchon. Au Château Fombrauge, nous sommes accueillis par de hautes hôtesses hiératiques en rouge et noir. La dégustation mêle les grands crus dont on connaît la qualité : Pape-Clément, La Tour Carnet… les cuvées de prestige, les vins de garage aux noms yin, ou yang, dans un éventail qui couvre à peu près toute la gamme. " Servitude volontaire ", c'est de La Boétie. A quand la Volonté Servile ? Ne pouvant tout goûter, je m'en tiens au terroir : car Fonbrauge à 21 euros, c'est du Fombrauge. Alors que Magrez Fombrauge à 112 euros, c'est du Magrez. Dans l'autre coin de la salle, l'ami Gérard, autre vigneron polymorphe, nous fait un clin d'œil sur chaque étiquette. On passe à l'apéro dehors, Fombrage blanc, une coquetterie. Chips de betterave, foie gras sont dispensés par un traiteur parisien. Comme ça traînaille un peu, Bleuzen va s'enquérir du menu. En fait, l'avion de Robuchon n'a pas pu décoller pour cause de grève. Mais l'idée de la selle d'agneau, la recette quoi, est de lui. On s'arrache et on va déjeuner d'un parmentier de canard à Villemaurine, au soleil, en terrasse et avec la vue sur Saint-Emilion. Joli moment. Ensuite, dégustation de l'association des crus classés, une quarantaine, à l'aveugle et dans des conditions parfaites. Cela me console de n'avoir pas pu aller à la dégustation de l'Union des Grands Crus, et donc de rater les premiers de Saint-Emilion. Mais la semaine est très chargée.

Un détour au salon Biodynamie, dans la bonne humeur et la camaderie. Pas grand-chose de Bordeaux, mais des blancs de Chapoutier, Zind-Humbrecht, des pointures.

Angélus est en travaux : on y verra bientôt la grosse cloche de l'étiquette que les asiatiques veulent prendre en photo. Aussi, Angélus se goûte à Néac. Sur la route, nous nous arrêtons pour voir le nouveau cuvier de Cheval-Blanc, étonnant dans le paysage. La sélection parcellaire est maintenant totale, une cuve par parcelle. L'accueil est, comme d'habitude, aussi attentif que professionnel. A partir du Petit Cheval, Bleuzen ne recrache plus. Avant de partir, on nous fait goûter Yquem. Pour moi, c'est la première fois en primeur, et ça me permet d'imaginer tout le travail fait au chai pendant le long élevage du vin : Yquem jeune est un bébé plein de promesses.

A Néac, les bâtiments de La Fleur de Bouärd tranchent radicalement avec les petites maisons fermières. Il faut bien tout le prestige d'Angélus pour écarter les dégustateurs pressés des grandes routes.

En haut, labour traditionnel. En bas, Bleuzen sur la terrasse du Château Villemaurine.

Mardi

Départ avec Clément, un jeune champenois. Première étape à La Gaffelière pour les vins de Derenoncourt. Il conseille depuis deux ans Beauséjour-Duffau-Lagarosse, précédemment écurie Rolland. Et aussi Poujeaux, ce que j'ignorais. Le chapiteau est moins précaire que l'an dernier, et j'aime bien la variété et la précision des vins. Pavie-Macquin est monumental pour le millésime.

J'avais prévu de déjeuner à Soutard, mais il y a tellement de voitures qu'on file manger debout à Beauregard. Foie gras, jambon cru et salade de poulet et mâche. L'Union des Grands Crus n'a pas fait le plein sur Pomerol. Car il y a de plus en plus de Off en Libournais, les bios, les biody, les tels classement, les pas classés, les groupes de copains, etc. J'ai du mal avec les Pomerol cette année. Il est temps de traverser l'Entre-Deux-Mers pour aller goûter les Pessac-Léognan au Château Olivier, une propriété que je découvre. Une maison idéale, entourée de son vignoble et de ses bois, et proche des commerces. La dégustation est excellemment organisée par le syndicat de l'appellation, dans une belle salle claire. C'est bien plus agréable de juger de la robe d'un vin en lumière naturelle. Les journalistes ne sont pas très nombreux, la plupart étant agrappés dans les dégustations de l'Union des Grands Crus (loin de sa base, le journaliste est grégaire ; mais farouche : " ils ne se parlent pas " me rapportera-t-on). Mais c'est une première édition que j'espère voir renouvelée. Une trentaine de crus sont présents ; Smith a délégué une demi-bouteille de Cantelys. Nous goûtons tout par politesse envers le syndicat, ce qui me permet de découvrir de nouveaux châteaux.

Clément et Gilles du Pontavice en dégustation au Château Olivier

Le Château Olivier à Léognan, une des plus belles maisons de Gironde

Transparences dans la salle de dégustation

Mercredi

En route vers le Médoc. On commence par Lagrange : Pauillac, Saint-Julien et Saint-Estèphe. Menu japonais : mosaïque de légumes crème d'oignons doux, tartare de maigre au daïkon, longe de canard vigneronne, c'est beau et bon.

Puis l'après-midi Marquis de Terme pour les Margaux. Durfort-Vivens et Prieuré-Lichine ne sont pas là. Si j'ai globalement mieux noté les vins de ce matin, je trouve les Margaux souples et très plaisants. Pourquoi ne pas les séparer cette année? Au nord la fermeté, au sud la tendresse. Reste à tracer la frontière. Margaux ira bien sûr avec les crus de Ludon et Macau (qui sont d'ailleurs assez proches des Graves, mais c'est déjà assez compliqué comme ça). Ensuite, on ne peut quand même pas mettre les Listrac tanniques au nord et les Moulis charnus au sud, c'est trop imbriqué tout ça. Pourtant c'eût été l'occasion de replacer l'estey de Tayac, la "froide jalle d'Artigue-Torte" de mon roman Margaux Interdit ! On remontera donc un peu plus haut, jusqu'à Cussac. Au sud, le Médoc d'en haut, au nord, le Médoc d'en bas, et ça ira comme ça.

Au nord comme au sud, pas facile de trouver un café, alors qu'il y a tant de pharmacies.. " C'est normal, on est dans le Médoc " conclut Bleuzen. Dîner chez Jean-Marie à Cénon autour de Cruzeau 2006 (à son rang) et La Louvière.

 

A gauche, mon chien Parker devant le Château Lagrange. Cette année, il a la dent dure: rien au-dessus de 95 points sur 100. A droite, l'auteur goûtant un vin irlandais

Jeudi

Toujours dans le Médoc : à Kirwan, nous goûtons les Sauternes. Belle salle, bon déjeuner avec des huîtres, toujours bienvenues après les Sauternes. Nous déjeunons avec un directeur d'une grande institution européenne dont j'audite la cave ; par souci d'économie publique, je conseille de rentrer du Cruzeau 2011 comme bon vin de semi-garde. Ensuite, Camensac, pour goûter Médoc, Haut-Médoc, Listrac et Moulis, qui pour la plupart sont bien raides.

Nous revenons par Ludon en nous arrêtant à Biturica. Ce modeste salon présente une dizaine de propriétés situées entre Margaux, Ludon et Macau. Comme l'an dernier, c'est une oasis de gentillesse et de finesse dans un monde de tannnins ; il y a une parenté certaine entre ces crus qui se situent, pour faire court, entre Labarde et La Lagune. Il nous reste à faire la fermeture de l'Union des Grands Crus à Fieuzal, pour goûter Haut-Bailly et Smith-Haut-Laffite, et quelques blancs qui sont très réussis, mais que je n'ai pas notés. Comme chaque année, je déplore que les prix des Graves blancs soient supérieurs aux rouges.

A gauche, les bottes de sept lieux du Château de Camensac

Vendredi

Un peu fripé par le marathon des dégustations et beaucoup de route, retour en Libournais avec Margaux du Pontavice et un ami. Au Château Le Bon Pasteur, nous goûtons les vins de l'écurie Michel Rolland. Puis retour à Néac pour faire connaître aux jeunes ce qu'est un très grand vin, en l'occurrence Angélus, et faire le tour des vignobles conseillés par Hubert de Bouärd. Jean-Bernard Grenié nous parle des travaux importants menés à L'Angélus : le chai s'augmentera d'un étage, et il y aura même un carillon comme sur l'étiquette, qui sonnera les hymnes nationaux des visiteurs (on n'est pas prêts de racheter de l'Angélus à pas cher) ; comme l'an dernier, je goûte avec plaisir le Château Bellevue, issu d'un très beau terroir et que Grenié annonce comme une future Rolls de Saint-Emilion.

Fin de la semaine. Demain commence le Salon du livre au Château de Roquetaillade dans les Graves, havre de tranquillité où j'ai la joie de résider pendant cette semaine éprouvante. J'y présenterai 100 bouteilles extraordinaires de la plus belle cave du monde, bien sûr. Ce soir, Cruzeau 2005, un cru que je vendais dans mon restaurant La Truite de Quénécan il y a quelques décennies. J'achèterai le 2011.

 

A gauche, Margaux et Gauthier devant le chai du Château La Fleur de Bouärd en Lalande-de-Pomerol

Les Notes

Comme d'habitude, je donne mes notes de dégustations par groupes de vins, en ordre croissant de préférence. Ces notes préfigurent les commentaires de VinorumCodex qui concernent uniquement les vins vendus aux enchères, donc mis en bouteilles ; dans mon argus VinorumCodex.com, le plus important au monde par la quantité de cotes de prix, à ce jour plus de 400.000, l'abonné trouve aussi plus de 30.000 cotes de qualité notées selon un système allant de AAAAA (très rare, très grand vin de garde, sans aucun rapport avec l'andouillette) à E (le pire=pas bon).

Dans les notes qui suivent, les paragraphes sont là pour aérer le texte, mais aussi pour signaler les " sautes de pas de qualité ". Il arrive qu'on regrette d'avoir mal placé un vin très agréable; mes "repentirs" sont en rouge. Pour tous ces vins, l'éventail de mes notes chiffrées est bien plus resserré que l'an dernier. Il ne commence pas plus bas, car il y avait aussi de mauvais 2010 ; mais il ne monte pas aussi haut. Mon propos n'est pas de donner des notes sur tous les vins de Bordeaux, car je n'y ai passé qu'une semaine ; goûter un premier cru nécessite d'y prendre rendez-vous, de s'y tenir ; pour goûter un super-second, c'est la même chose. Or mon opinion sur Margaux 2011, qui semble être l'un des meilleurs du millésime, n'a aucune importance : je retrouverai facilement ce vin, et les acheteurs des premiers crus n'ont besoin d'aucun avis. Par contre, mon opinion sur un cru peu connu de Blaye ou du Médoc peut intéresser les 5000 lecteurs de cette lettre gratuite (et j'espère plus cette année). On me pardonnera la sécheresse des commentaires, je m'en suis déjà expliqué : l'importance de la base VinorumCodex.com limite mon appréciation à une petite phrase par vin. Pour des commentaires plus détaillés, on se reportera utilement à la base de données de Jean-Marc Quarin, à mon avis ce qui se fait de plus sérieux en matière de vins de Bordeaux (même si ses estimations de prix sont plus proches de chez Nicolas que des tarifs des salles de vente).

DIVERS, ESSENTIELLEMENT BLAYE ET BOURG

Bel Air La Royère est bien court. Rolland La Garde est léger et court. Le Domaine de Courteillac est discret au nez, assez long et sec en bouche. Guerry, un Côtes-de-Bourg classique, que j'ai connu très charnu, est court en bouche malgré ses malbecs. Haut-Bertinerie est assez sec, de bonne longueur. Hostan-Picant n'est pas très mûr, un peu herbacé, mais long en bouche, ce n'est pas mal. Les Grands Maréchaux est sérieusement boisé, séveux en bouche, avec une belle finale. Un cran au-dessus, Fougas Maldoror, aussi présente au Salon de biodynamie, a de beaux tannins et finit dur. Guerry Magrez a un très joli nez, il est rond et fruité, avec une finale puissante; comme je l'ai signalé plus haut, on déshabille Guerry pour habiller Magrez. Et si un jour Yquem lance une Crème de Tête pour les clients chinois, on pourra dater la fin du vignoble de Bordeaux. J'ai dit.

AUTRES VINS, COTES DE BORDEAUX

Clos Chaumont (Cadillac) est petit au nez et court en bouche. Cap de Faugères (Castillon) a un nez discret de fruits rouges, une bouche correcte mais bien courte. Reynon (Cadillac) n'est pas très mûr, et rêche en bouche. Ampélia (Castillon) a un nez boisé, de la vanille en bouche, finit court. Château de Francs Les Cerisiers (Francs) est aigrelet, assez velouté en bouche, puis court et amer. Côte Montpezat (Castillon) est souple, voire mou, finit court. Marsau (Francs) est terreux en bouche, pas mauvais. Mont Pérats (Cadillac) est clair, au nez intense, fluide, assez bon mais court. Laussac (Castillon) a du gras, de la finesse.

Joanin Bécot (Castillon) est ferme et assez long. Carignan (Castillon) est clair, léger mais fin. Le Doyenné (Cadillac) est vanillé, frais, de facture moderne, de finale moyenne. Clos Puy Arnaud (Castillon) est gras, mûr, aux arômes de pruneau, bien rond en bouche ; c'est un produit de la biodynamie. Carignan Prima (Cadillac) a un nez de vanille, il est long et ferme. Veyry (Castillon) a un nez puissant de cuir, une bouche pleine avec une note de capsule.

FRONSAC ET CANON-FRONSAC

Une révélation pour moi l'an dernier… jusqu'à la fixation des prix. Fronsac n'est plus un secteur de bons vins de garde à pas cher, mais maintenant un secteur de bons vins chers, qui sont souvent très bons, en gardant leur caractère corsé. 2011 me semble moyennement réussi, avec des vins durs. C'est classique dans l'appellation, mais il faudra les attendre. Du Gaby a un nez curieux, c'est le seul vin de la semaine qui m'a fait éternuer, il aurait peut-être mieux fallu ne pas le présenter. J'en profite pour oser une remarque générale : je pense que ces dégustations primeurs sont une grosse bêtise, concernant des vins pas aboutis que seuls les maîtres de chais savent vraiment juger. L'appât du gain a conduit à vendre les vins avant qu'ils ne soient terminés… Souvenez-vous des abonnements au négoce des années 1860 (et si vous êtes trop jeune achetez mon roman Margaux Interdit en vente dans toutes les bonnes librairies de vin, mais pas dans la plus renommée de Bordeaux, malheureusement. La Vieille Cure a une robe claire, le vin est souple et facile. Barrabaque est mûr, avec une finale acide. Haut-Carles est terreux en nez, de mi-corps. La Rivière n'a pas un nez très sain, il est fin mais étriqué. Moulin Haut-Laroque est léger et court, avec une jolie fraîcheur. Fontenil est coloré, au nez très mûr, rond et plein, facile. Les Trois Croix, que j'avais beaucoup aimé en 2009 et 2010, commence bien mais finit léger. Villars a une jolie robe, un nez trouble, et une bouche fine et longue. Cassagne-Haut-Canon est clair, au nez vanillé, assez fin et long. Moulin-Pey-Labrie est correctement boisé, et de bonne longueur. Chadenne est joli, finement boisé, carré et sérieux en bouche, sans fioritures. L'Aria du Château La Rivière passe un cran de qualité ; malgré un nez sec et peu ouvert, il est complet et long en bouche. Le Défi de Fontenil, autrefois Vin de table de vignes bâchées, est beau et plein. La Dauphine est réservé, plein et corsé avec une belle finale. Dalem est réservé, mais puissant et corsé et ferme . Carlmagnus a un nez développé de fruits (cassis), malgré un petit creux en milieu de bouche, il est complet, corsé, et très long.

MERLOT RIVE DROITE

J'ai noté à part les vins de Fronsac. Mais comme depuis deux ans, j'ai regroupé les vins issus du cépage merlot à 90% ou plus. Le merlot en 2011 était paradoxal : parfois dur et gâchant de grands vins, parfois très utile en assemblage. Le Clos Bertineau à Montagne-Saint-Emilion est boisé au nez, desservi en bouche par son amertume. Beau-Soleil à Pomerol a une robe claire, un petit nez fruite, il reste court en bouche (c'est la troisième année consécutive que je le classe très mal, et à l'aveugle). Bonalgue est équilibré, mais plutôt petit et étriqué. Le château de Viaud est discret et manque de fond. Perron La Fleur est au nez comme en bouche bien rural, et finit acide. La cuvée Emotion du Château Lyonnat à Lussac ne m'a jamais beaucoup plu ; je trouve ce vin grossier et je regrette les vins (très) anciens de ce cru, avant que le merlot n'y prenne toute la place. Patris a un nez compact, il est frais et froid en bouche, mais la finale est fuyante. Le Château du Domaine de L'Eglise a un boisé fin, mais il est assez creux en bouche.

Un cran plus haut, La Fleur d'Arthus a une belle robe avec du gras, un nez encore discret, une bouche assez molle et une finale sèche. Chambrun est frais, avec une bonne finale, mais limite mûr ! Bourgneuf est un joli vin, léger en tout. Sansonnet a un bon grain, de bons tanins, mais manque de fruit. Le Moulin du Cadet a un beau nez fumé, il est riche et ample en bouche, mais très tannique ; je l'ai retrouvé au salon Biodyvin à Saint-Emilion, qui mêle des vins de toute la France, où je l'ai moins bien aimé ; sans doute il mérite mieux, et de toutes façons il doit être salué pour sa notice qui explique le choix de la biodynamie par la viticulture bien sûr, mais aussi " pour préserver le vignoble et les personnes qui y travaillent ". Quand on sait la bombe qui se prépare suite à l'exposition des viticulteurs aux produits phytosanitaires, on ne peut qu'encourager tout ce qui tend à diminuer leur emploi, au moins leur abus.

La Croix de Gay a un joli nez de truffe, il est long et carré. Croix de Labrie a un nez amer, il est souple en bouche, mais l'amertume revient dans des tannins raides. La Fleur à Saint-Emilion est mûr, un peu chocolaté, ferme en bouche. Fonplégade a un nez intense, il est ample en bouche avec " un bon grain ". L'Ambroisie du Château La Croix des Moines est complexe et raffiné. Lucia a un beau nez plein de fruits rouges, il est ample et riche en bouche. Péby-Faugères a un nez imposant, mais qui manque d'élégance, c'est rattrapé par une bouche droite, serrée, longue…

Feytit-Clinet (le cru de Michel Chasseuil ; son livre 100 bouteilles extraordinaires auquel j'ai collaboré a été traduit en anglais, en allemand, en italien, en portugais et en néerlandais, et le chinois est en cours, génial!), Feytit-Clinet donc est coloré, avec de la vanille riche au nez, une bouche carrée, une finale amère, et à mon avis un bon avenir (goûté à l'aveugle, ça vaut mieux). Rol Valentin est riche, corsé, fruité. Le Plus de La Fleur de Bouärd est comme d'habitude très coloré, plein et riche en bouche. La Gravière (Lalande-de-Pomerol) est chaleureux au nez, corsé et tannique, il a de l'avenir. Pindefleurs est un très joli vin, avec un nez qui évoque la menthe pouillouse de chez nous, et un bon équilibre. La Gaffelière a une belle robe de Côte, le vin est très élégant, fin et long. Les Grandes Murailles est mûr et chaud au nez, complet en bouche avec du grain, de l'acidité et une finale longue.

Bellevue, qui surplombe Angélus, est raffiné et velouté. Le Fer de Cheval Noir a un beau nez mûr et brioché, une bouche pleine de velours et une finale longue. Lynsolence est frais au nez, herbacé, vert presque, puis équilibré et long en bouche, c'est très agréable. Villemaurine enfin, si bon en 2010, accueillait comme l'an dernier la dégustation des grands crus classés de Saint-Emilion ; nous y avons excellemment déjeuné. Mais c'est par hasard que je le mets en premier de sa catégorie, l'ayant goûté à l'aveugle ; un nez vif, fruité, un peu fumé, une bouche très ample, une finale très tannique mais prometteuse.

Le Château Cheval-Blanc...

SAINT-EMILION, LALANDE-DE-POMEROL ET POMEROL

Classés par ordre croissant de préférence, comme d'habitude. Cette section groupe les vins qui comprennent moins de 90% de merlot. Bien sûr, c'est assez partial, et je ne connais pas tous les assemblages. Mais il faut bien que quelques-uns se mobilisent pour défendre le cabernet-franc en Libournais et le petit verdot en Médoc !

Bellegrave en Pomerol est équilbré, mais petit, court. Mazeyres a un boisé discret, mais qui domine un corps peu concentré. Tournefeuille est fluide, assez soyeux, moyennement long. La Fleur de Bouärd illustre la difficulté à goûter les primeurs quand on n'est pas proche du vin. A l'aveugle dimanche au Cercle Rive Droite, je l'ai trouvé bon, vif, avec une bonne longueur, mais manquant de chair ; au château lundi, bien meilleur, grande longueur et riche en bouche ; re-au-château vendredi, très bon; mais ce n'est pas du jeu de changer les notes prises à l'aveugle, je le laisse donc ici, pour le reprendre plus loin! Guadet n'a pas de nez, il est de mi-corps. Moulin-Listrac est un cru de Puisseguin-Saint-Emilion, comme son nom ne le laisse pas entendre. On y trouve quand même 5% de cabernet-sauvignon. Le vin est plutôt de style raide et boisé. Vieux Maillet n'a pas un nez élégant, la bouche offre un peu de fruit, mais ça reste léger. La Clotte est court au nez, léger en bouche. Rouget, une ambition contrariée : bonne rondeur, trop sec. Rochebelle est acide au nez, rustique en bouche. Haut-Surget est un cru de Lalande-de-Pomerol conseillé par Hubert de Bouärd ; le nez est prometteur, la bouche déçoit un peu. Larmande manque de maturité, ce qui n'est pas son habitude. La Marzelle a de la rondeur, peu de profondeur, puis finit dur. Siaurac est vif, avec de la résine au nez, curieusement sec et froid en bouche. La Grangère, à Saint-Christophe-des-Bardes, est souple, sans grande définition.

Chauvin est dur et sans fruit, mais prometteur. Grand Corbin Manuel a un nez discret dominé par le bois, une bouche puissante et dure. Grand Pontet a un nez où perce la résine, une attaque puissante, un milieu de bouche assez mou et une finale courte. Laroque a un nez discret, fumé, une bouche en équilibre, assez courte. Sergant à Lalande dénote dans le millésime avec ses arômes viandés et sa rusticité. Grand Corbin est raffiné au nez comme en bouche, carré, avec une bonne finale. Il faut bien des vins des villes et des vins des champs ! Le Clos L'Eglise à Pomerol est un de mes préférés, mais j'ai trouvé son 2011 bien léger, certes équilibré mais sec. Fonroque a un nez d'un fruit intense, une chair séveuse, une bonne finale quoiqu'un peu amère. La Pointe est ferme, sec et dur. Petit Village est tout en rondeur, facile, on est acheteur à petit prix. A ce propos, tout le monde s'attend à une baisse des prix, mais évidemment il ne faut pas rêver. Mon opinion est que beaucoup de vins de Pomerol ne valent pas plus que 15 à 20 euros, c'est-à-dire le prix auquel je les vends en vente publique pour des millésimes moyens. Corbin est sympathique, une bouche charnue, un peu terreuse, avec du fruit en devenir. Faurie de Souchard est discrètement fruité, équilibré, court quand même. Bel-Air à Pomerol est bien sans plus. Montlabert a un beau nez de fruits rouges, mais finit court. Le Couvent des Jacobins est puissant au nez, un peu creux en bouche, mais a une bonne finale. Le Château du Parc, à Saint-Emilion, a un nez vif avec une pointe d'acidité, une bouche longue mais amère. Jean-Faure est joliment fruité, un peu terreux, un peu court, mais plaisant. Soutard est sérieux, carré, court, bien sûr ce n'est plus le grand vin du temps du comte rouge. Le Clos du Clocher a une robe claire, une bouche rustique et finissant sur l'amer. Franc-Grâce-Dieu a un beau nez boisé et épicé, en bouche il a peu de corps et finit sec. Le Jurat est carré. Franc-Mayne a un beau nez herbacé et fleuri, la bouche est fluide, assez légère, un peu courte ; c'est pour moi un bon exemple des vins aimable du millésime, qui seront de semi-garde. Laniote a un nez de fruits rouges, une bouche concentrée, avec une acidité mordante (comme chaque année je rappelle qu'en Bretagne d'où j'écris, l'acidité est une valeur et n'a pas a priori d'aspect péjoratif). Rolland Maillet est souple en bouche, puis finit dur.

Une marche plus haut, Barde-Haut accueillait sur ses collines de Saint-Christophe-des-Bardes la dégustation du Cercle Rive Droite. Je n'ai pas été séduit par le nez facile de bonbon, mais le nez d'un vin jeune n'est pas le plus important ; le vin est clair, net et droit. Cap de Mourlin n'est pas propre au nez, mais vif et frais avec une bonne longueur. Laroze est richement boisé, mais manque de corps. Lecuyer est massif et carré, mais la finale ne suit pas. La Couspaude a un nez fruité mais court, une bouche assez complexe, longue, mais une finale courte. La Commanderie a un nez mûr, une bouche idem avec une note de cacao, une finale ferme. Berliquet a une robe sombre, un nez fumé, une bouche longue et lisse, mais des tanins fuyants. La cuvée Sanctus du Château La Bienfaisance a un nez frais, une bonne mâche en bouche, une bonne longueur, une finale plutôt sèche. Montvieil est boisé, sec, serré, tannique. Bertineau-Saint-Vincent est joliment fruité. La Conseillante est en longueur et élégance, sans puissance (comment oser écrire ça, alors qu'il sera un grand vin? Hé bé, c'est les primeurs). Carteau Côtes-Daugay a une robe grasse, un nez direct, une bouche charnue, un peu courte. Lassègue se présente mal au nez, mais redresse la barre avec une bouche puissante et une finale dure. Le Prieuré a un nez raffiné, une jolie bouche longue et soyeuse.

Le Bon Pasteur manque de précision au nez, la bouche est plutôt légère, les tanins l'enrobant joliment. Grand-Corbin-Despagne est discret au nez, la bouche est agréable fruitée, un peu courte. Haut-Corbin est rustique, puissant, tannique mais fin, je l'aime bien.

...et son nouveau cuvier signé Portzamparc, "un soulèvement du sol" en rondeurs, où chaque cuve recueille une parcelle

Beauregard est fruité, bien construit, un peu court. Vray Croix de Gay est vif, nez de fruits rouges, avec une bouche présente, bon vin. Le Clos Fourtet est frais, puis ample en bouche. Yon-Figeac est un bon vin avec de l'amertume en finale. Bergat, beau terroir, fruité, puissant, vin de garde. Le Clos Dubreuil est clair, mais rond, assez plein, avec une bonne finale. Le Clos des Jacobins est bien boisé, plein, presque rude, il a de l'avenir. Ferrand Lartigue a un nez discret, un joli corps boisé et une finale élégante. Trimoulet est timide au nez, subtil en bouche avec des tanins fins. Magrez Fombrauge a une robe superbe, le vin est plein et carré. L'Arrosée est clair, avec un nez vanillé standard, soupe en bouche et assez long. Ferrand du baron Bich est complet avec une bonne acidité. Grand Ormeau a de l'ampleur et une certaine mollesse. Bellefont-Belcier est opulent au nez, complet en bouche, amer en finale. Destieux est complet, finit amer. Clinet est large et rond, avec un boisé riche. Laplagnotte-Bellevue a un joli nez, une bouche vive avec du mordant, mais peu concentrée. Jean de Gué est sec au nez, mais corsé, tannique, complet. Le Pas de L'Ane a un nez fortement vanillé, en bouche il " merlote ", il est bien rond. Petit Faurie de Soutard est fermé, avec du volume et de la fraîcheur. Le Clos La Madeleine a un nez intense, un beau boisé, une bouche pleine avec de bons tannins. Faugères est fermé, assez léger, de bonne finale. Fombrauge est carré et corsé. La Tour-Figeac a un nez puissant de cassis, la bouche est séveuse, finissant un peu molle. Cadet-Bon a un beau nez, une bouche pleine et veloutée. Croque-Michotte, je l'ai classé mais j'ai perdu ma note. Le Clos Saint-Martin a un nez puissant mais mal défini, une bouche corsée avec du fruit à venir, une finale franche. Trianon est puissant de nez, complet, lisse et long. Ripeau a du nez, du poids, de la structure. L'Excellence du Clos des Menuts a un nez de truffe, une bouche peu mûre, herbacée, mais avec de la longueur. Larcis-Ducasse a une belle robe, il est complet avec une très belle finale. Saint-Georges-Côte-Pavie n'est pas mûr au nez, mais costaud et sérieux en bouche. Dassault est harmonieux, assez léger. Croix Cardinale a du fruit, de la vivacité, du caractère. Pressac était marqué par un nez de fumée froide, la bouche est ronde, la finale sèche. La Clémence est discrètement fruite, soyeux et long en bouche. La Fleur de Bouärd (bis) réjouit par une bouche pleine et longue.

Cadet-Piola a un nez fruité intense, beaucoup de volume en bouche. Le Clos Les Grandes Versannes est marqué par l'alcool, la bouche est charnue et bien enveloppée. Fayat de Pomerol, petit nez muscadé, est concentré, long et profond. Gazin a un nez épicé, il est carré et complet. La Serre, enfin! a un joli nez de sous-bois, une bonne bouche carrée, une bonne finale sèche. La Sergue se présente mal au nez, vulgaire, mais est très bon et ferme en bouche.

La Dominique est discret, puis long en bouche avec de bons tannins. Moulinet est plein, charnu, au nez de champignons. Boutisse au nez bien mûr, des notes de cuir, il est long et élégant. Côte de Baleau est mûr et corsé. Le Moulin a un nez intense ponctué d'amande, une bouche puissante malgré un creux en milieu de bouche, une finale longue et amère. Taillefer est chaleureux, costaud, ferme. Fleur Cardinale a un nez agressif, une bouche riche et corsée. Haut-Sarpe est bien vanillé, frais et précis en bouche. Daugay est long et frais, avec des tannins très fins. Pressac est coloré, très corsé, avec une grosse finale. Balestard-La-Tonnelle a un beau nez d'humus, un corps imposant, une grande finale. Le Carillon de L'Angélus est long et très soyeux.

Grands-Barrails-Lamarzelle-Figeac est sombre, fin et complexe, à la finale grasse. Pavie-Macquin est très plein, long et complexe. Angélus a une belle robe, un nez puissant de moka, une bouche longue et puissante avec des tannins raffinés. Cheval-Blanc est hors classe. Il est toujours aussi difficile de recracher Le Petit Cheval ! J'étais heureux de goûter Beauséjour-Duffau-Lagarosse, qui a beaucoup d'alcool, que j'ai trouvé ingoûtable, donc in-notable.

RIVE GAUCHE

J'ai cette année instauré une partition arbitraire du Médoc, entre le bas, comprenant Pauillac, Saint-Julien, Saint-Estèphe et le Médoc, et le haut, débutant à Lamarque et se terminant près de Bordeaux ; tant il me semble que ces vins subtils annoncent les Graves. Un premier constat : la récolte est globalement plus importante en bas (40 hectolitres à l'hectare) qu'en haut (36), dans un contexte de récolte réduite. Partout les vins ont été très triés pour éliminer les mauvais raisins ; je crains que les seconds vins n'en souffrent. Après un printemps très chaud et très sec, l'été a été froid, mais heureusement sec. Les raisins n'ont pas pourri, et les pluies d'août ont permis une maturité relative. Certains ont vendangé tôt en septembre, d'autres très tard. Bref, ce millésime est très compliqué, et les vins de qualité très inégale. Le taux d'alcool est de 13, 13,2%, ce qui est bien assez. Beaucoup sont très agréable dans un format moyen, avec des nez mûrs. Bien sûr, tout dépend de l'encépagement : Dans le Médoc d'en bas, en moyenne le cabernet-sauvignon est très dominant, plus de 60%. Dans le Médoc d'en haut, il ne représente que 52% ; le merlot est plus présent, ainsi que le petit verdot qui revient en grâce depuis plusieurs années. En 2011, le petit verdot a soit bien réussi et été intégré (mention spécial à Belle-Vue qui en a 20%), soit pourri et a été éliminé. Les vins comprennent plus de cabernet sauvignon que d'habitude. Ainsi, Gruaud-Larose en a intégré 78% au grand vin, contre 61% dans son encépagement. Pichon-Baron, 82 contre 65. Pichon-Comtesse a sacrifié ses merlots : 78% de CS contre 45. D'où une certaine fermeté des vins, qui ne m'a pas déplu.

Charmant château de Camensac

Le bleu est la couleur emblématiques du domaine

MEDOC D'EN BAS

Beychevelle est peu mûr, serré et dur. La Tour de By est en mi-corps. Lafon-Rochet est souple et fluide, avec de l'amertume. Phélan-Ségur a un nez déjà ouvert, fruité, une bouche pas très mûre et une finale courte.

Camensac est coloré, moyennement corsé. Greysac est léger, sec, avec une finale correcte. Batailley est joliment fruité, fin et souple. Branaire-Ducru pointe son nez de chocolat, il est tout en longueur, sec en finale.

Armailhac est coloré, charnu, assez long. Saint-Pierre est frais au nez, de corps moyen. Les Grands Chênes est très coloré, boisé, souple en bouche. Pichon-Longueville Comtesse de Lalande a un bon boisé, un corps moyen, pas très élégant. Lynch-Moussas est équilibré, long et sec.

Lagrange est plutôt vert au nez, souple en bouche, velouté, un peu court. Clerc-Milon est fruité, corsé, avec de bons tannins. Coufran est tout en rondeur grâce à ses merlots. Belgrave est boisé avec des notes de fruits rouges, sec mais bien construit. Gruaud-Larose a un nez chaud, de cuir, du gras et du volume, une finale un peu courte. Talbot est mûr et riche, rond, avec une bonne acidité. Haut-Bages-Libéral est sérieux avec une grande finale. Croizet-Bages est chaud, ample avec de la fraîcheur, finit court. Grand-Puy-Ducasse est élégant, dans un petit format. Gloria a un nez puissant, amer, une bouche carrée et très tannique. Langoa-Barton a un beau nez de sous-bois, la bouche est vive avec de l'acidité et des tannins, c'est un bon vin. Cos Labory est très fruité, souple et facile, un peu court. Pez a un nez ouvert, un bon grain, une finale puissante et sèche. Lynch-Bages est bien sûr, soyeux, rond, avec de bons tannins. La Tour Carnet est riche avec un bon boisé au nez, sérieux en bouche. Un cran plus haut, Grand-Puy-Lacoste est coloré, avec une touche de capsule pauillacaise, sérieux et tendu. Léoville-Barton n'est pas très expansif,mais ferme, au goût de capsule, et très long en bouche. Léoville-Poyferré a un nez direct de café, il est corsé, un peu amer, long en bouche. (Les) Ormes de Pez a un nez épicé, il est puissant, acide, avec une bonne finale. Pichon-Longueville Baron de Longueville est ferme, pas très concentré, mais avec une belle finale. Tout ça fait de bons cabernet-sauvignons de semi-garde.

MEDOC D'EN HAUT

Clarke est boisé, long et astringent. L'Agaçant d'Agassac est bien petit. Monbrison est léger. L'Aura de Cambon La Pelouse, en appellation Margaux, est gras, avec du corps, mais un peu mou. Fonréaud est boisé, avec du corps et une finale sèche. Fourcas-Dupré a un corps moyen, une finale courte. Malescasse est fruité, léger, correct, disons qu'il ne dénote pas cette fois dans le millésime. Dauzac est léger, assez long. Chasse-Spleen est rond et fruité, mais très sec. Paloumey est sec et corsé. La Bessane est vineux, tout en longueur. Desmirail est rond, souple et facile.

Citran est boisé, mûr et velouté. Le Clos du Jaugueyron a un nez herbacé, une bouche carrée et sèche, de l'élégance. Fourcas-Hosten a un nez vif et fruité, une bouche longue et sèche. Mille-Roses est à cheval sur deux appellations ; le Haut-Médoc a un bon fruit, la bouche et puissante, les tannins plutôt amers. Brane-Cantenac est long et terrien. Cambon La Pelouse a une belle robe, avec du gras, le vin est corsé, ample, et finit bien, je le préfère à L'Aura. La Lagune a une belle robe, une bouche charnue. Angludet est sombre, carré, fruité, facile. Beaumont est équilibré avec de jolis tanins.

Bolaire a une belle robe, un nez puissant de fruits mûrs, une bouche complexe et veloutée. Agassac est mûr avec une bonne finale. Du Tertre est gras, corsé, pas très fin. Cantenac-Brown est riche, au nez vanillé, plein et lisse. Ferrière est fruité, souple, un peu court. Mille-Roses en Margaux est logiquement fleuri et bien frais. Sénéjac est herbacé, élégant, fin et long. Siran est expansif, séveux et long en bouche. Lamarque est vanillé au nez, carré et long en bouche.

Belle-Vue est un Haut-Médoc de Macau, de l'écurie Biturica dont je pense beaucoup de bien, et qui m'avait beaucoup plu en 2010 ; le nez est puissant et marqué de vanille, la bouche est ample, avec une bonne matière et une bonne finale. Hélas... pour une fois que je pensais avoir découvert un vin, voici que Quarin le note comme outsider. Giscours est bien fruité, séveux et plus large que long. Clément-Pichon a un beau nez mûr, une bouche ample et grasse. Rauzan-Ségla a de la chair, une finale longue et sèche. Gironville a une jolie robe, le vin est chaud et charnu. Kirwan est frais, très agréable en fin de bouche. Lascombes a un nez profond, une bouche aux tanins fins. Cantemerle est coloré, sérieux, avec de la mâche. Labégorce est gras à l'œil, fin de nez, plein en bouche, avec une finale longue. Rauzan-Gassies est fin et finit bien, l'écurie Quié continue sa progression. Marquis de Terme a du fruit, il est carré avec un bon grain et finit bien. Maucaillou est sombre, rond et agréable. Poujeaux est sombre avec un nez de violette, une bouche corsée et épicée, de la longueur. Malescot-Saint-Exupéry est complet, frais, avec une belle finale.

VINS DES GRAVES

Je n'ai goûtés les blancs qu'en passant (Ah, le chenin blanc...). Voici mes notes sur les vins rouges. Cantelys est sec et manque de fruit. Ferran est clair, léger, en longueur. La cuvée Clémence du Château Malleprat est légère, assez sèche. Haut-Bergey a un nez chaud et grillé, la bouche est déséquilibrée. Haut-Nouchet est assez simple. Jaulien a du cuir au nez, une bouche assez simple et courte. Lafon Menaut est pointu, sec, pas très mûr. Le Clos Marsalette a une robe sans éclat, un nez discret, une bouche rustique. Eyran est assez court. Rouillac aussi. Luchey-Halde est discret au nez, souple en bouche, un peu court. Haut-Vigneau a du fruit, un corps moyen, un peu sec. Le Clémentin de Pape-Clément est fin et délicat. Gazin-Rocquencourt est fruité et séveux, dans un format moyen. Mancèdre est joliment fruité, bien construit, à la finale lisse. Haut-Lagrange est d'un format moyen. La Solitude est tendre, joli vin. Larrivet-Haut-Brion est chaleureux, facile, de bonne mâche. Lafargue est rural, vineux, aux tannins épais, vin de chasse, il en faut. Haut-Bailly, coloré, boisé, en longueur, raide, m'a déçu à ce stade (à la réflexion, c'était pareil l'an dernier et l'an d'avant).

Bouscaut est coloré, un peu plat. Chantegrive est lisse et long en bouche. Le Domaine de Grandmaison a un nez de fruits rouges, une bouche pleine, vineuse, une finale dure. Rochemorin est frais de nez, bon, un peu creux en milieu de bouche. Trigant est rond et facile, avec une bonne finale. Bardins est chaud, soyeux, de longueur moyenne. Eck a un joli nez de sous-bois, la bouche est soyeuse, facile, de bonne longueur. Olivier est bien coloré, long et lisse, un peu court. Roche-Lalande est fruité, et harminieux dans un petit format.

Baret est corsé au nez, tannique en bouche. Couhins-Lurton a un nez fumé, pas très net, une bouche carrée, fruitée, une belle finale. Haut-Plantade est vif et fruité au nez, soyeux mais un peu court en bouche. Couhins de l'INRA est sérieux et terrien. Latour-Martillac a un nez très long aux accents de résine, la bouche est longiligne. Léognan est fruité, complet avec des tannins épais. Smith-Haut-Laffite a un beau nez mûr, une bouche imposante mais amère. Haut-Bacalan est long et très vineux. Seguin est plein, souple et long. La Garde a de la truffe au nez, de la sève en bouche, de l'amertume en finale. Lespaut-Martillac a un nez terrien et expansif, une bouche pleine et vive. Carbonnieux est bien fruité, long et séveux.

La Louvière est puissant de nez, truffe et vanille, puissant aussi en bouche, très jeune. Branon a un nez de petits fruits rouges, la bouche est pleine avec une bonne finale; réflexion faite, c'est très bon; je comprends maintenant son prix .. son prix. L'écurie Lurton a fait un beau quadruplé: Cruzeau, nez d'humus, est très bon, vif et tendu, c'est une agréable surprise. Picque-Caillou est riche au nez, cuir et vanille, ample et corsé, avec une bonne prise de bois. France est chaud de nez, plein et corsé. Brown a ce nez de goudron bien Pessac, la bouche est ronde et chaleureuse. Les Carmes Haut-Brion a un nez de cèpes, une bouche charnue et enveloppée. Pape-Clément est richement coloré, très plein et accrocheur, bien sûr moins explosif que d'habitude.

Malartic-Lagravière a un nez fumé, une bouche très ample, de la longueur. Chevalier est frais, complet, rond, il lui faut du temps. Fieuzal a un boisé puissant, c'est un costaud.

SAUTERNES ET BARSAC

Les vins sont bons, loin d'égaler 2009. Je me contenterai de donner mon opinion par ordre croissant de préférence, tant je trouve difficile de goûter les liquoreux au tout début de leur adolescence : Broustet, Suduiraut, Filhot, Lamothe-Guignard, Romer, Lamothe, La Tour Blanche, Arche, Rabaud-Promis, Lafaurie-Peyraguey, Malle, Bastor-Lamontagne, Myrat, Caillou, Nairac, Rayne-Vigneau, Rieussec, Coutet, Guiraud, Doisy-Védrines, Clos Haut-Peyraguey, Sigalas-Rabaux, Doisy-Daëne. Je n'ai pas trouvé Suduiraut 2011 à son rang.

 

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