BORDEAUX PRIMEURS 2012

Une semaine de dégustations - Le rapport de Gilles du Pontavice, expert en vins

Mon offre primeurs 2012, 35 bons Bordeaux à bon prix

Bordeaux primeurs 2011 Bordeaux primeurs2010 Bordeaux primeurs 2009 La Truite de Quénécan, page portail VinorumCodex

Avant...

Encore une semaine en apnée dans les vins de Bordeaux. Comme en 2011, c'est très inégal, et donc plus intéressant qu'un bon millésime classique. Comme d'habitude, je viens sans a priori, sachant tout de même que la météo a été plus que difficile, qu'il n'y aura pas d'Yquem, et même pas de Château Fort de Roquetaillade. De toutes manières, il n'y aura cette semaine rien qui puisse égaler le repas d'hier, dominé par Cheval-Blanc et Haut-Brion 2000 suivis de Petrus et Lafite 1998. 2000, on connaît; 1998 est une année inégale, où brillent Pomerol et, rive gauche, Lafite. En ce qui concerne la météo, elle n'a pas été favorable cette année-là. Au printemps, coulure et millerandage. Ensuite, été froid, du mildiou, de l'oïdium, c'est l'année des chimistes. Puis sécheresse avec des épisodes de grêle. On a récolté de bons merlots en septembre, mais trop alcoolisés pour les palais classiques. Puis il a plu fin septembre, ce qui a dilué les cabernets. Alors ? Les merlots sont riches, certes. Le cabernet-franc est inégal, mais il en faut. Le cabernet-sauvignon manque un peu de maturité. Comme d'habitude, ceux qui ont un peu de petit-verdot accroissent l'élégance de leur vin. Au total, la production est faible, c'est-à-dire normale pour un vignoble de qualité. Mais c'est très inégal ; les grands vins ont écarté beaucoup de cuves qui se retrouveront dans les seconds vins ou les troisièmes, et il faut se méfier de ceux-là : un cru bourgeois met ce qu'il a de meilleur sous son étiquette, un cru classé vend à prix confortable ses cuvées médiocres. Il n'est pas prévu que le millésime soit de longue garde, ce qui n'est pas grave. Les Graves blancs sont bons dans l'ensemble. J'en ai goûtés plusieurs (Ah, Haut-Brion…), mais leur tarif les met à part des bons vins de Bourgogne ou de Loire. Sauternes et Barsac ont connu le désastre, il n'y aura pas d'Yquem, pas de Rieussec, pas de Suduiraut, pas de Guiraud je crois ; Ces Sauternes et Barsac sont une gloire du bordelais, il faudrait créer une caisse de compensation pour qu'ils soient soutenus, simplement pour survivre, par les bénéfices énormes des vins rouges. Comme chaque année, je vais goûter avec application des centaines de vins, pour en retenir des notes que je ne publierai pas. Je me les garde pour VinorumCodex.com , une fois que les vins seront sur le marché.

... après

On commence le dimanche au Château Barde-Haut à Saint-Emilion, accueil irréprochable, belle salle de dégustation à l'aveugle avec vue sur les croupes de vigne. Et ça commence plutôt dur. Il paraît que c'est l'année du merlot, mais c'est pas facile de les goûter avec dans le gosier le souvenir de Petrus d'hier. Finalement, je serai obligé de faire un second tour au Cercle Rive Droite, pour réétalonner tout ça. Beaucoup de vins sont courts, et dans l'ensemble ça manque de fruit.

Lundi c'est la dégustation des Pessac-Léognan au château Olivier, en compagnie de Jean de Baritault, dont la famille tient depuis un peu plus de 700 ans le château de Roquetaillade, et d'un ami à lui, agriculteur zambien. On s'accorde avec Jean sur pas mal de vins, quelques valeurs sûres avec de la finesse et quelques découvertes intéressantes de bon élevage paysan comme Le Bruilleau. Ensuite, un peu de banlieue pour goûter la famille Haut-Brion et commencer à réfléchir à un article sur l'orientation commerciale du domaine. Je recrache La Mission, comme tous les autres, mais avec désolation tellement c'est bon.

Mardi avec Martine Bleuzen, départ pour le Médoc. Les Sauternes font grise mine et sont vite parcourus. Cette année, il n'y aura pas d'Yquem, par de Guiraud (à vérifier cependant), pas de Suduiraut... et même pas de déjeuner pour les visiteurs à la dégustation. Faire du Sauternes, c'est un sacerdoce. Déjeuner à Phélan-Ségur, une propriété admirable où nous prenons tout le temps pour démêler les Pauillac, Saint-Estèphe et Saint-Julien. On file ensuite à Calon-Ségur vérifier l'investissement du Crédit Mutuel de Bretagne dont nous possédons quelques parts modestes...c'est très bon. Ensuite Montrose. Grand vin pour 2012, et très bonne surprise avec Tronquoy-Lalande sous la même direction. Tiens, c'est décidé, cette année je vais faire une rubrique pour Saint-Estèphe et ses voisins. Reste à tracer une ligne de démarquation. Du coup, on passe à Montrose, puis à Haut-Marbuzet. Bruno Duboscq nous parle de Montrose en voisin, et du léger mouvement de gouvernail qui le rend plus accessible en primeur... et très courtoisement m'offrira le millésime manquant d'une grande verticale de MacCarthy à venir.

Mercredi avec Delphine, une bretonne devenue médocaine. On commence par les Margaux à Labégorce. Il y a de tout, et souvent sans grand respect de la hiérarchie. Puis on file chez Biturca qui reçoit cette année au Château Belle-Vue. J'ai écrit depuis trois ans sur ce petit salon qui présente des vins de haute finesse, issus principalement de Macau et Ludon. Accueil quasiment familial, on déjeune là. Belle-Vue 2012 me semble un peu en-desssous du 2011, mais très bon quand même. Cette année encore ses petits verdots lui donnent une élégance et un charme assez rares.

Je décide d'acheter du 2012 - et aussi du 2011- et puis du 2010- et puis, tiens, je décide de vendre des 2012 primeurs. Je l'avais fait de 1985 à 1996, j'avais arrêté en voyant le prix des 1997, il n'est jamais trop tard pour revenir, avec une sélection sévère de ce que j'ai bien aimé. Il va falloir remettre mon fichier à jour... Mais tout le monde vend des primeurs maintenant, même ceux qui n'ont pas d'allocation et "cavalent" sur Internet (tous les amateurs sauront de quel site je parle). Donc je m'adosserai à une maison irréprochable de Bordeaux. Ensuite, il faut se distinguer: puisqu'on n'a pas beaucoup de battement sur le fond (les prix), il faut jouer sur la forme. Deux mille douze, deux mille douze, deux mille douze, deux mille douze... pourquoi pas des alexandrins pour présenter les vins, plutôt que la courte phrase que m'autorise ma base de données?

C'est décidé; comme Biarnez en 1849, je classerai les vins en vers; associé de la maison Duffour-Dubergier, il publia un classement rimé des vins de Bordeaux. Je l'ai un peu utilisé pour Margaux Interdit (à propos de livres, j'apprends en revenant que 100 bouteilles extraordinaires de Michel Chasseuil auquel j'ai contribué, après le chinois, va sortir en japonais). Mais il a l'alexandrin pesant, Biarnez:

"Arrêtons-nous ici; voici Château-Kirwan
Des troisièmes c'est là le premier, le plus grand.
C'est là qu'à nos désirs le destin favorable
Nous ouvre d'un caveau la porte vénérable, "
etc, etc.

Bien; c'est facile de critiquer, mais il faut bien s'y mettre. Commençons par un classique sonnet:

Ce sonnet fabriqué à l'élisabéthaine
Présente mon retour au monde des primeurs.
Ces vins qui sont " pas mal " pour Desseauve et Bettane

Offriront du plaisir - peut-être du bonheur ?

Les vins de demi-garde, produits en deux-mil'douze
N'iront pas la plupart en cave chez Chasseuil
Ni dans les winedinners de François Audouze.

On ne peut cependant se les offrir à l'œil.

Cabernets ou merlots, petits verdots, malbecs,
Ceux que j'aurai choisis, sincères, vifs et aimables,
Elevés au château puis livrés par Dubecq,

Devraient faire assez vite bons compagnons de table.

Comme au dix-neuvième l'érudit Biarnez
Avait classé les vins en vers interminables,
Je vendrai mes primeurs, de Belle-Vue à Pez

En ne proposant que ce qui sera buvable.

Je ne versifierai que ce que j'ai goûté,
Je ne versifierai que ce que j'ai craché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saurez-vous deviner d'où viennnent ces logos de contre-étiquettes, et lequel est seul obligatoire?

Ce n'est pas pire que Biarnez, on va continuer. En attendant, il faut goûter ces primeurs! Après Biturica, nous entrons dans un pays magique: Agassac, petit château dans ses douves, où sont présentés des centaines de vins du Médoc. Je me contente des Saint-Estèphe et alentours, en me promettant de réserver une journée entière en 2014. Ou deux, ou trois. Là aussi, quelques découvertes, et des vins qu'on ne voit jamais... Enfin, Fourcas-Hosten pour goûter quelques Moulis et peu de Listrac. Je ne vois pas de grande réussite par là. Est-ce tout? Non, car il faut bien aller jeter un oeil à Rochemorin, où le tout-juste-né Cercle Rive Gauche s'est installé.

Jeudi, retour en libournais. D'abord La Conseillante, où je trouve que les Pomerol ne sont pas tous réussis. Quelques autres à Grand Barrail, puis Angélus et sa grande famille à Néac, très réussis dans l'ensemble. Les Saint-Emilion à Soutard, avec une certaine attention pour les vins qui ont du cabernet-franc. Cabernet-franc que je retrouve à fond chez Derenoncourt (qui reçoit au château La Gaffelière) avec le Château Lamartre, dont je reparlerai plus bas. Enfin, Thunevin!

Sa famille, sa maison, sa parentèle, sa gens, des surprises dans tous les coins, et même, ultime surprise, humbles sur une petite table, les meilleurs crus de Bernard Magrez, ici par complicité sans doute, loins du faste de Pape-Clément (où j'ai photographié un pauvre olivier très, très, très ancien et déraciné de son Latium natal), attendrissants presque. Et c'est tout pour cette année.

Il faudra maintenant classer tout ça, et commencer à choisir les primeurs à vendre... bien sûr quand les prix seront fixés.

 

 

 

 

 

 

 

SYSTEME DE NOTATION

J'attribue aux vins des notes selon un système qui varie parfois selon le millésime : en grande année, tout le monde fait du bon vin, peut-être que le nez a plus d'importance ; en année jalouse, la structure du vin est plus importante. Mes notes sont celles d'un dégustateur amateur qui ne pratique qu'une fois l'an l'exercice épuisant, et très aléatoire vu la jeunesse des vins et l'incertitude des échantillons, de goûter quelques centaines de vins en quelques jours. Dans les comptes-rendus que je publie depuis le millésime 2009, je classe dans chaque catégorie les vins par ordre croissant de préférence, les sauts de paragraphe signifiant les sauts de qualité à mon avis. Cette année, j'ai un peu modifié le système de notation : 5 points pour l'œil, 5 seulement pour le nez, 15 pour la bouche, 10 pour la " note de sympathie ". Il ne servirait à rien de donner les chiffres.

J'ai eu la fantaisie de goûter un certain nombre de vins à l'aveugle, puis quelques jours plus tard à étiquette découverte ; ça m'a donné le plaisir de constater que le prestige de l'étiquette ne m'obligeait pas à mieux les noter. Aussi, je ne comprends pas qu'en goûtant chaque année Haut-Bailly, je l'apprécie moyennement depuis quatre ans, alors que c'est certainement un grand vin. Je me contente de le mettre à la place modeste que mes chiffres lui ont donnés, comme un Figeac des Graves (Figeac n'est pas facile en primeur, mais il se révèle toujours ensuite)... Les vins que je vends en primeur sont soulignés, le lien renvoie à mon offre en vers).

Quant aux vins dont les noms sont en rouge, cela signale que le vin comprend plus de80% de merlot rive droite, 40% rive gauche.

BORDEAUX ET COTES

J'ai goûté pour la plupart ces vins à la dégustation du Cercle Rive Droite. Thieuley est souple, mais sec. Laussac est plutôt dilué. Haut-Bertinerie a un bon nez, sans chaleur, la bouche termine amère. Marsau est discret, assez rustique, plutôt amer. Girolate m'a déçu, trop court. Reynon est léger en tout. Roland La Garde est puissant de nez, un peu cuit, puis faible en bouche. Sainte-Marie est clair, avec un bois plutôt vert. Brande Bergère O'Byrne, Bordeaux Supérieur, est coloré, chaud au nez, agréable mais court en bouche. Reignac a une petite bouche et des tannins rêches. Joanin Bécot est de mi-corps. Côte Montpezat a du gras, un nez intense, une bouche facile.

Plus haut, la cuvée Passion de Tour de Mirambeau est assez ample, avec de l'équilibre. Hostens -Picant a un certain charme : rustique, vineux, long et sec. A l'aveugle, je donne la même note à sa cuvée Lucullus, au nez riche, mais trop sec. Et il lui reste l'élevage en fûts neufs. Mont Pérat est fruité et léger. Pey La Tour Réserve a de bonnes notes fruitées. Carignan Prima a peu de corps, mais une jolie finale. Le Doyenné est souple et agréable. Carignan tout court est souple, peu défini en bouche. Peyfaures a un nez discrètement vanillé, une bonne attaque, une finale légère. Sainte-Barbe est discret, rond en bouche, acerbe ensuite. J'ai trouvé peu ouvert Château de Francs Les Cerisiers, avec cependant une belle longueur ; quelques jours plus tard, je l'ai trouvé bien plus ouvert et puissant. Clos Puy Arnaud a un bon corps raffiné et une belle finale. Quarin en dit beaucoup de bien, d'ailleurs c'est de la biodynamie, et je vais sûrement le proposer en primeur. Fougas Maldoror est complet, souple, avec une certaine dureté finale. Le Domaine de Courteillac a une belle robe, un bon grain, une finale ferme. La Laurence est un pur merlot de l'écurie Angélus, nez bien fruité, agréable et gouleyant. Bel Air La Royère est plein et corsé, avec un charnu du sûrement à sa forte proportion de malbecs. Balthus a une belle robe rubis, du nez, il est riche en bouche. Ampélia a un nez expansif de vanille, la bouche est souple et agréable. L'Enfer du Château Jonqueyres, c'est très bon et, je crois, mi-merlot mi-malbec. Bad Boy est bien équilibré.

En haut des marches, je retrouve Veyry comme l'an dernier ; puissant, une bouche bien enveloppée, une finale longue. Les Jonqueyres sans Enfer ne contient que 4% de malbec, c'est très bien fait. L'élégante étiquette du Château des Mille Anges abrite un joli vin, charnu à souhait, vineux. Je ne connaissais pas la cuvée Infinity du Château de Francs, riche et mûre, soyeuse en bouche, c'est très bien.

FRONSAC

Mes notes moyennes ne sont pas très élevées cette année. C'est souvent assez raide… Chadenne est sérieux et manque de chair. La Vieille Cure, je lui ai trouvé du creux en bouche ; je l'ai regoûté trois jours plus tard et l'ai trouvé bien plus vineux. Barrabaque n'est net ni au nez ni en bouche. Dalem est rond, facile, assez court. Villars a un bon nez, puis est long, sec et acide. Fontenil est tendre et facile. Cassagne-Haut-Canon paraît mou, a un nez simple de bonbon, une bouche correcte mais une finale abrupte. Moulin-Haut-Laroque est plus vineux, rond et agréable. Les Trois Croix est petitement constitué, mais avec élégance, mais je l'ai regoûté deux jours plus tard.

Plus haut, La Dauphine est fin, sans grande ampleur. Canon Pécresse, petite production cette année, est joli et facile. Haut-Carles est vanillé, plein et rustique, dur même, j'aime bien. Vrai Canon Bouché (15% de cabernet franc et un peu de malbec) est bon. A l'aveugle, je classe l'Aria de La Rivière juste derrière l'assemblage du château ; les deux sont carrés et corsés. Gaby a une belle robe vive, du fruit et de la fraîcheur au nez, une bouche carrée et sérieuse. La Vieille Cure manque de corps, mais s'en sort par la fraîcheur. Moulin-Pey-Labrie est sérieux, charnu, un peu terreux, la finale est très bonne. Carlmagnus, mon préféré en 2011, est vif, avec un nez terrien, il a beaucoup de volume et une finale souple. Je suis content de retrouver si haut Les Trois Croix, fin, complet quoiqu'assez fluide.

SAINT-EMILION ET SATELLITES

Comme en 2011, pas de notes très élevées, mais une bonne moyenne. Trois classes cette année, et j'abandonne la division entre les vins de merlot et les autres… sauf que les vins signalés en rouge comportent plus de 80% de merlot.

Reclos de La Couronne n'était pas bon, et très amer. J'ai demandé l'ouverture d'une seconde bouteille, et c'était pareil. Défaut, donc. Guibot La Fourvieille est dur et amer. Messile Aubert est discret, petit et dur. Faizeau, sec et dur. Tour Bayard est boisé, dur et court. Le Château des Laurets a un petit nez de fruits rouges, la bouche est dure. D'une manière générale, je n'ai pas aimé les satellites de Saint-Emilion, qui ont besoin de pas mal d'aération pour donner quelque chose. Le Dragon de Quintus, porte d'entrée du Domaine Clarence Dillon rive droite, a recueilli 39% de la récolte de feu Tertre-Daugay, alors que Quintus n'en avait que 22%. La robe est violacée, le nez aussi ! Le vin est dominé par l'acidité. La Rose Perrière est structuré, mais la finale est acerbe. Croix-Cardinale est court, avec du creux en bouche. Roc de Calon manque de précision, les tannins sont féroces. Roylland me semble manquer de maturité. Du Courlat est structuré, long, mais finit amer. Trianon a un bon grain, de l'acidité, mais finit fuyant. Sanctus de La Bienfaisance est rond, plein, assez rural. Vieux Château Palon est puissant avec du réduit, une bonne finale, il vaut mieux que cette place… Dassault est fin, bien équilibré. Daugay est plutôt végétal, assez carré en bouche. Magrez Fombrauge a un bon nez, il est long, mais sec ; je ne peux m'empêcher de reprendre mon mot facile de l'an dernier : Fombrauge, c'est du Fombrauge, alors que Magrez-Fombrauge, c'est du Magrez. Rol Valentin est léger, facile et très souple. Le Clos Les Grandes Versannes est de mi-corps, un peu court en tout. Faugères est souple, presque dilué. Carteau Côtes Daugay est clair, carré en bouche avec une acidité bienvenue, un peu court, dommage.

Avec Sansonnet, on monte une marche ; un joli nez, une bouche douce, c'est un peu neutre. Beau Séjour Bécot a du charme, mais sèche. Le Prieuré est muet, mûr, peu acide. Pas de l'Ane est assez fin et joliment fruité. Boutisse évoque de jolis fruits rouges, la bouche commence légère, un bon corps, une finale ferme. Guadet est séveux, mais court. La Grangère sent le cuir, le vin est vif et assez complet. Croix de Labrie a un nez vanillé, de la rondeur sans complexité. Berliquet est un joli vin assez simple. La Fleur d'Arthus a du fruit, mais cela s'estompe en finale. Fonroque est souple et facile, finit sec. Saint-Georges-Côte-Pavie est soyeux, velouté même, un peu court. Le Château de Lussac est bon, fleuri et fruité. Clos La Madeleine manque d'ampleur, mais compense par la complexité. Trotte Vieille a fait une toute petite récolte de 24 hectolitres à l'hectare : beaucoup de cabernet-franc, bon vin un peu court. Trimoulet est chaud et puissant de nez, chaud en bouche, facile et finit amer. Clos Dubreuil est carré et plein en bouche, puis finit court. La Commanderie est corsé, sec, amer. Je ne connaissais pas Tour Perey, une propriété près de Monbousquet, qui aime bien le malbec. Ca semble lui réussir, le vin est bon, fruité, et la cuvée 100% malbec garde de l'élégance. Pressac est mûr, avec une bouche croquante. Bel Air Ouï a une robe pleine, en bouche il est franc et direct. Angélus a sorti un troisième vin pour préserver le Carillon ; il est assez corpulent avec de bons tanins. Ferrand Lartigue est mûr et rond, avec une bonne finale. Grand Corbin Manuel est puissant pour l'année, avec du corps. Ripeau est rond et souple et facile. Fleur Cardinale a une bonne bouche précise, une finale un peu sèche. Jean Faure est équilibré dans un petit format. Laplagnotte-Bellevue a un nez classique de fruits rouges, il a du charme et une finale fine. Barde Haut est très accessible, avec un joli grain. Balestard-La-Tonnelle est coloré à son habitude vif et vineux. Côte de Baleau est fruité, lisse et long. Grand Barrail Lamarzelle Figeac a une attaque franche, une bonne bouche pas très concentrée, une finale fine. La Marzelle est bon, bien construit. Le Clos Bertineau de Montagne est incisif au nez, fruité, plutôt court. Lamartre est un vignoble familial longtemps lié à la coopérative de Saint-Emilion ; sur les conseils de Derenoncourt, il élabore deux cuvées, j'y reviendrai sur mon blog ; Etrange Rumeur comprend 30% de cabernet-sauvignon ; bon vin, finesse, un peu court. Péby Faugères a un nez puissant sans finesse, la bouche est atypique pour 2012, très veloutée, mais finit en amertume. La Gaffelière est élégant, mais facile et fluide. Patris est boisé, ample et rond, avec une bonne finale aux tannins fins. Fonplégade est fleuri, coulant, sympathique. Grand Corbin Despagne, assez riche, un bon grain dans la bouche, j'aime bien. Vieux Château Palon est sérieux, assez long en bouche. La Fleur a peu de nez, mais du corps, et trop de tannins. Carillon de L'Angélus est très bon, fin et coulant. Le Château du Parc est plein, corsé, tannique. Pindefleurs est bien coloré, chaleureux, rond, avec de beaux tannins enrobés. Lynsolence est facile et digeste. Quintus est l'ancien Tertre-Daugay. Il n'est pas exclu que le parcellaire s'augmente autour de cette pointe ouest du plateau ; nez chaleureux, attaque douce, de la mâche, c'est bon.

Saint-Emilion n'est plus le même depuis Jean-Luc et Murielle, Bad Boy et Bad Girl

  Le numéro 3 de Valandraud est coulant et velouté. Clos Fourtet titre 14° ; au nez un fruit intense, en bouche une belle construction. Cap de Mourlin est sombre, aromatique, très mûr, avec une bouche grasse et une belle longueur. La Couspaude est marqué par le bois, élégant et gourmand. Le Clos des Jacobins est complet, gourmand, un peu court ensuite. Franc-Mayne est un joli vin, fin et complet ; la fiche technique annonce la mise en bouteilles du 17 au 19 juin 2014, ce qui est précis ; je pense que c'est encore un coup de l'Europe, qui naguères voulut imposer à Lur-Saluces d'inscrire une date limite de consommation pour Yquem ! En attendant (pardon),Godeau est carré avec un joli fruité. Bellefont Belcier, devenu propriété chinoise, est chaud au nez, mûr et profond. Villemaurine a du fruit et de l'équilibre. Figeac est comme d'habitude discret et retenu en primeur, pas de hâte. Fombrauge, je le trouve comme d'habitude très supérieur au Magrez-Fombrauge , ici complet, d'une noble amertume.
En haut de l'échelle de Saint-Emilion, Destieux a un nez intense, un corps plein avec une grande longueur. La Tour Figeac est tout en droiture et longueur. Virginie de Valandraud est coloré, ample en bouche, très agréable déjà. Soutard, autrefois au comte rouge, désormais grande baraque fermée comme il sied à une propriété de rapport cotée en Bourse, est incisif et retrouve un peu de la chair qui le rendait aussi indispensable. La Dominique a aussi un fin goût de terroir, ce qui n'est pas général cette année. Grand-Mayne est coloré, chaleureux, gras, de bonne longueur. Pavie-Macquin se ressemble, puissant, gras et long. Clos Badon est ample, avec un style plus élégant pour moi que Virginie. Larcis-Ducasse a fait fort : un nez assez simple encore, mais un corps carré, sérieux, très bon. Je reviens sur Lamartre : la cuvée Passage Secret est pour moi une découverte et un plaisir partisan ; 60% de cabernet-franc sur le plateau calcaire donnent un vin serré de constitution, raffiné et élégant. Angélus est l'un des meilleurs 2012, donc mes chiffres ne sont pas bons ; belle robe, nez noble et mûr, attaque douce, tannins de grande qualité et grande longueur. Troplong-Mondot évite le trop d'alcool si fréquent de nos jours ; nez présent, corsé, très long. Valandraud ajoute à son nez mûr et parfumé, ce qui n'est pas l'essentiel des 2012, et à sa grande longueur, une fraîcheur de qualité. Sur son blog, Thunevin est fier que le site de Jancis Robinson annonce comme les trois meilleurs saint-emilions (comme on écrivait dans le temps) Cheval-Blanc, La Mondotte et Valandraud. Dont acte, je n'ai pas goûté les deux autres.

POMEROL ET LALANDE DE POMEROL

J'ai renoncé cette année à ma classification des vins de merlot et des autres. Parce que 2012, tout le monde le dit, c'est l'année du merlot : parce qu'il a été récolté avant les pluies, parce qu'il est bourré d'alcool comme depuis quelques années, parce que les cuvées de garage sont souvent de monocépage ; mais le merlot a des défauts. Il n'est pas bon partout ; il est souvent lourd, parfois vulgaire, même. Il a aussi des qualités : il se goûte bien en primeur, quand on vend les vins. Ceci dit, il est plastique : souverain à Pomerol, indispensable à Saint-Emilion, magnifique à Haut-Brion, médecin en Médoc.

En 2012, la situation est très complexe : souvent on m'a dit que les merlots avaient sauvés la vendange, souvent on m'a dit que les cabernets l'avaient équilibrée. Mais les merlots parfois n'ont pas été récoltés mûrs.

Grand Ormeau est un joli vin, mais bien léger. Viaud est frais, assez élégant mais court. La Clémence, je l'ai trouvé facile et dilué, alors qu'il semble plaire et qu'il m'avait auparavant bien plu (à la réflexion, pas en 1990). Saint-Jean-de-Lavaud semble gras, mais se révèle fluide et mal défini. Rouget ne me plait pas, court et étriqué. Beau-Soleil manque de nez, et est petit en bouche. Pierhem (Pierre-Emmanuel) est l'ex Grands-Sillons Gabachot de l'écurie Janoueix : c'est pas mal. Tournefeuille est frais au nez, bien fait, court. Jean-de-Gué est clair de robe, gentiment fruité, élégant, court. Vray Croix de Gay plaît beaucoup, sombre, gras, nerveux, pourtant je l'aime moyennement. Perron La Fleur est frais, élégant mais court. L'Ambroisie de La Croix des Moines est bien fait sérieux, moyen. Montvieil est souple et plein de fruit. Le Clos Vieux Taillefer est un joli vin équilibré. Vieux Maillet est pas mal, un corps serré. Chambrun est bon, charnu, avec de la mâche.

Un palier de décompression estagérien plus haut, La Cabanne est bien fait, lisse et sans angles. Estager est très préoccupé par l'information du consommateur, j'en ai déjà parlé ; cette année, au traditionnel logo de la femme enceinte, il rajoute un dinosaure et un plongeur. Pourquoi ? Pourquoi pas ! La Gravière est souple et soyeux. Le Clos du Clocher est bien fait. La Sergue est carré et corsé. Bonalgue est froid de nez comme un chien français, bien construit en bouche. Clinet finalement m'a toujours déçu depuis des années, cher, chaud, facile, doux, correct. Bellegrave est plaisant au nez, rond et souple. Fayat est un bon vin accessible.

 

 

 

 

 

 

 

Haut-Surget, qui possède des cabernets-sauvigons, est franc, typé, épais. Sergant est frais, raffiné, avec une finale douce. Etonnamment, j'associe La Fleur de Bouärd, sombre, accrocheur et sec en finale, et son Plus, de même expression en plus lourd. La cuvée Jean-Baptiste de Franc-Maillet, 90% de merlot, se goûte bien. Bourgneuf a un nez intense, une bonne bouche. Gazin est bien coloré, chaleureux, tannique, très bon. Taillefer est serré, charnu, de bonne longueur. La Croix de Gay est coloré, très bon avec une grande finale. Le Bon Pasteur est gras, plein et long avec de la fraîcheur. Petit Village a une belle robe, il est vineux et équilibré. Même si ce n'est pas très partagé, j'ai beaucoup aimé Siaurac, de belle robe, soyeux et raffiné, aux tannins fins. La Pointe est fruité, très long, élégant, avec du charme. La Conseillante a un boisé élégant, de la complexité. Le Clos de La Vieille Eglise est très fin et long. Feytit-Clinet est plein, long, très bien fait. Le Moulin est coloré, mûr, ample en bouche, excellent.

Jean goûtant le Château Olivier

LES GRAVES

Bien sûr, cette rubrique regroupe les AOC Graves et Pessac-Léognan. Plusieurs crus de Saint-Meydard d'Eyran m'ont beaucoup plu cette année. Il semble que seule l'autoroute les isole de l'appellation Pessac-Léognan.

Baret est clair, fin de nez mais court et acide. Brown m'évoque des champignons, puis manque de chair. Alix a une belle robe, du gras, mais est court en bouche. Luchey-Halde est léger en tout. Ferran de même. Bardins a une jolie robe, un nez de bois fin, une bouche longue mais qui finit en amertume. Haut-Nouchet est mûr, mais dur. Rouillac me semble pas assez mur. Gazin-Rocquencourt a une robe profonde, mais est léger en bouche. Le Clos Floridène évoque la résine, mais est de demi-corps.

Montons d'un cran.

Haut-Selves est fruité, facile plutôt court. Le Domaine de La Solitude a un nez ouvert, la bouche de petit format. Roche-Lalande est assez bon, un peu lourd. Baulos-Charmes a une robe claire, un corps fin, en longueur. Haut-Bailly, c'est la quatrième année de suite qu'il me déçoit en primeur, et je dois bien être le seul à le trouver trop discret, malgré une finale ample. Le Clos Marsalette est corsé, raide même. Le Bruilleau possède 55% de merlot pour 45% de cabernet-sauvignon ; la robe est claire,le nez discret mais fruité, la bouche fine, la longueur moyenne ; il a du charme et c'est une découverte ; c'est Monsieur Bédicheau qui dirige ce domaine de 10 hectares sur Saint-Médard d'Eyrans. Lafargue est fidèle à sa rusticité, sa bouche généreuse nous repose.

Au hasard des routes, on croise parfois de drôles de panneaux

Malartic-Lagravière est un rien souple et léger. Couhins-Lurton est fin, sans trop de fond. Haura, un cru Dubourdieu, a un nez franc et finement boisé, une bouche stricte, une belle finale un peu sèche. Bouscaut est souple, une bonne finale. Picque-Caillou est vineux, coulant, bien. Lespault-Martillac est peu coloré, finement boisé, avec un bon grain et un corps longiligne. Rochemorin est riche et mûr de nez, rond, frais, de bonne finale. Olivier a un joli nez mûr, il est plein et très tannique.

Lafon-Menaut a une belle robe, du gras, une attaque douce, de la rondeur, de la dureté en finale. Le Sartre est coloré, très bon dans un style costaud. La Garde est puissant et rond. Haut-Lagrange est boisé, il a de la classe. Pontet Caillou est marqué d'amertume, mais se rattrape par une belle finale. Haut-Vigneau est sur son bois, plein et soyeux et de bonne longueur. La Louvière est boisé, puissant, moins raffiné que d'habitude mais d'une belle franchise. Les Carmes Haut-Brion a un nez puissant et presque trop chaud, beaucoup de volume, des tannins épais. Le Château d'Eyran est bien mûr, très plein en bouche.

Fieuzal est excellent et très long en bouche. La Chapelle de La Mission-Haut-Brion a une robe intense, une bouche voluptueuse, une finale fondue et très fine. Pape-Clément est certes moins explosif qu'en grand millésime, mais bien corsé. Pontac-Monplaisir est soyeux, large, complet et long. Le Clarence de Haut-Brion a un nez superbe, il est frais, vineux. Haut-Brion est profond, de texture noble, très nuancé. J'ai goûté deux fois Chevalier, avec quasiment les mêmes notes : brillant, puis fin, puissant dès l'attaque, une bouche exemplaire, longue, de la fraîcheur, une belle finale. La Misson, enfin, passe comme souvent en force, encore fermé avec quelques notes de fumé-goudron, parfait en bouche, plein de puissance contenue, raffiné, très long.

MEDOC, MODE D'EMPLOI

Dans sa Topographie de tous les vignobles connus (j'utilise la réimpression de 1886), Jullien classait les vins du Médoc en 1) Première ligne, les communes qui touchent au fleuve, et 2) Deuxième ligne, les autres. Cette ségrégation n'est plus guère employée, mais elle a été recyclée dans l'immobilier du Cap Ferret...

Pour changer, et suite à quelques dégustations primeurs, j'ai cette année divisé les vins du Médoc en quatre parties, départagées non par rapport à la proximité de la Gironde, mais horizontalement.

La première comprend les vins de Margaux et ceux qui vont de Margaux à Bordeaux, incluant Macau, donc Cantemerle, et La Lagune, donc Ludon ; cela n'est pas sans rapport avec le petit salon Biturica que j'avais qualifié pour le 2010 . J'en ai pris comme limite nord la jalle de Tiquetorte où j'ai un jour perdu mes chaussures pour écrire Margaux Interdit. Ca envoie Moulis dans la deuxième partie, ce qui n'est pas évident, mais alors il faudrait faire la part entre Moulis et Listrac, ce qui l'est encore moins. La seconde section va donc de Moulis au château Lafite ; elle contient Pauillac, Saint-Julien, Saint-Laurent et d'autres communes, c'est le cœur du Médoc. Au nord de la jalle du Breuil commence un autre pays, Saint-Estèphe ; ses calcaires marquent le vin, mais il n'y a pas que de ça. En particulier, l'encépagement me semble être différent ; dans cette section, j'ai mis les vins des communes de Cissac, Vertheuil, Saint-Seurin-de-Cadourne. Au nord du Chenal de La Maréchale, c'est le pur Bas-Médoc.

A gauche, le charmant château Agassac

MARGAUX ET SUD DE MARGAUX

Ferrière ne brille pas trop cette année. Dauzac non, plus, très fruité, mais court et acide. Marquis de Terme est dur et sèche en bouche. Paveil de Luze est bien coloré, sombre, frais et séveux. Brane-Cantenac a beaucoup plu, je l'ai trouvé un peu dilué. Labégorce est un joli vin, complexe, fleuri, un peu court. Kirwan est fin, pas très concentré. Marojallia se présente bien, mais finit sec, et le Clos Margalaine, son second vin, aussi. Mille-Roses est facile, pas très concentré mais aromatique. Giscours a sa bonhomie coutumière, gras, un nez de goudron, riche en bouche. Arsac est fin et tout en longueur. Rauzan-Ségla est une réussite du millésime, c'est vrai qu'il a un " toucher de bouche " très margalais, mais je l'ai trouvé un peu maigre. Lascombes est tout en longueur. Cantenac-Brown est plein de fruit, lisse et doux en bouche, d'un bon standard. Prieuré-Lichine était muet ce jour-là, mais soyeux en bouche. Clément-Pichon est de petit format, frais, avec un bon grain.

Belle-Vue est souple et très sapide. Cambon La Pelouse est riche et mûr, et la cuvée L'Aura aussi. Angludet est délicieux, fruité, avec une finale douce. Clément-Pichon est bon, frais, de demi-corps. Paloumey n'est pas très concentré, mais ses cabernets sont de qualité. Pontac-Lynch est bon, complet. Haut-Breton-Larigaudière est fin, lisse, long. Malescot-Saint-Exupéry a un nez agréable, il est charnu, avec de bons tannins mûrs. Rauzan-Gassies m'a bien plu comme ces dernières années, généreux, un peu court. Du Tertre a du charme dans un style dépouillé, long et sec. La Lagune est puissant, avec équilibre et finesse. Cantemerle est réservé, équilibré et long. Desmirail a un nez riche et développé, il est séveux quoiqu'un peu court. Monbrison est flatteur, très bon et très long. Siran est très bon, raffiné.

A droite, dégustation des crus bourgeois à Agassac... et ily a trois tables comme celle-là!

PAUILLAC, SAINT-JULIEN, CENTRE MEDOC

J'ai inclus dans ces paragraphes les vins de Moulis et Listrac, Lamarque et Cussac, Saint-Laurent et Saint-Sauveur. Larose-Trintaudon avait un nez désagréable. J'ai trouvé Langoa-Barton en petite forme, de demi-corps. Batailley aussi est en format court. Bellegrave est marqué par l'alcool. Fourcas-Hosten est clair, joliment fait. Beychevelle a une belle robe limpide, un nez précis et réservé, du gras, une finale courte. Léoville-Barton est d'abord sec, équilibré, une certaine longueur. La Garricq est en finesse. Fonbadet est bien construit, finit dur. Branaire-Ducru a une attaque délicate, une bouche nuancée, une finale un peu courte. Saint-Pierre, 78% de cabernets-sauvignons, est tendu mais manque d'éclat. Grand-Puy-Ducasse a un joli nez vanillé, un bon grain en bouche, de bons tannins. Haut-Bages-Libéral est un bon vin, sans beaucoup de concentration. Glana est bien cette année, assez chaud. Lagrange est très présent, de la rondeur, mais un peu court. Chasse-Spleen est long et sec.

La Tour Carnet est peu expressif, sérieux, facile en bouche. Gloria manque de fruit, est sérieux avec une bonne finale. Pichon-Longueville Baron a du corps, de la maturité, un peu fluide. Gruaud-Larose affiche 13,46° d'alcool, ce qui est devenu la norme de Bordeaux ; le nez est puissant et plaisant, la bouche est opulente, l'ensemble est facile. Croizet-Bages me surprend, abrupt, complet, long, sec. Léoville-Poyferré est complet, de l'amertume encore, bonne longueur. Pichon-Longueville Comtesse est complet, équilibré, finit dur. Armailhac a une belle robe, du fruit, du corps et de la longueur. Poujeaux est très bon. Maucaillou a une belle robe, un corps adéquat, en souplesse. Clerc-Milon est plein de promesses : attaque légère, bouche complexe, finale très longue. Talbot est mûr mais frais, très buvable, avec une bonne finale. Camensac se présente puissant et rustique, avec du corps et de la longueur. Belgrave est, lui, complexe et raffiné, long en bouche. Lynch-Moussas est très frais et agréable au nez, idem en bouche avec une longue finale. Grand-Puy-Lacoste est serré, sérieux, carré, avec de bons tannins. Lynch-Bages a intégré pas mal de merlots ; robe profonde, ample et complet, avec de la finesse.

Croix du Trale a une belle robe, un nez mûr, un bon équilibre. Le Boscq est plein, long mais rustique. Charmail est coloré à son habitude, chaud, voluptueux, en même temps très tannique. Tronquoy de Sainte-Anne recueille les jeunes vignes de Tronquoy-Lalande, il lui est logiquement inférieur ; mais ce jour-là à Montrose il se présentait très bien, sec, avec de la droiture et de la longueur. Pontoise-Cabarrus a du gras, une bonne prise de bois, un corps ample et lisse, une bonne longueur, un vin très agréable. Haut-Marbuzet a un nez charmeur, une bouche soyeuse. Pez est très coloré, corsé au nez, tout en puissance solide, de bonne longueur, bref Saint-Estèphe. Calon-Ségur est un grand vin, long et équilibré. Montrose enfin et toujours, explose déjà au nez, emplit la bouche de son volume ; il sera de demi-garde, c'est-à-dire une vingtaine d'années...

PAYS DE SAINT-ESTEPHE

A la commune de Saint-Estèphe j'ai agrégé à l'ouest Cissac et Vertheuil, au nord Saint-Seurin de Cadourne. Au nombre de noms en rouge, on jugera de la présence du merlot, venu équilibrer l'âpreté supposée des cabernets. Plantier Rose manque de précision. Reynats est clair, plutôt petit en bouche. Landat est clair, acidulé de nez, facile de bouche. Le Château du Breuil est agréable en bouche, puis finit très sec. Clauzet est aromatique, mais fuyant en bouche. Côme a un joli nez, chaud et présent, mais finit court. Beau-Site est frais, voire froid, de demi-corps. Marquis de Calon, second vin, est agréable, bien défini. Picard est fin et léger. Puy Castéra est correct, en petit format. Lafon-Rochet est puissant de nez, sans finesse, de mi-corps. Serilhan a du gras, un nez vif, une bouche assez courte. Lestage-Simon est agréable, d'un bon standard. Andron est aromatique, fluide, facile. La Haye est fruité, coulant en bouche. Ladouys n'a pas un nez fin, le corps est moyennement corsé, agréable. Grandis est un peu court, avec de jolis tannins. Petit Bocq est plutôt fluide mais agréable.

Reysson est clair, frais voire acide au nez, fin en bouche, de bonne longueur. Le Crock est bon, franc, prometteur. Saint-Pierre de Corbian a une robe sombre, un nez simple et chaleureux, une bouche épicée, assez courte. Capbern-Gasqueton est plutôt raide, de cette raideur qu'on attribuait naguères aux saint-estèphes. Lamothe-Cissac a une robe trouble, ce qui arrive à cet âge, un nez aussi un peu trouble, une bonne rondeur et une finale fruitée. Tour des Termes est de nez vif et épicé, puis souple, un peu sec. Hanteillan a un nez puissant, pas très agréable, un gros volume, peu de complexité, une finale sèche, à revoir. Tour Saint-Fort est discret, mais rond et équilibré, de bonne finale. L'Argilus est chaud de nez, joli en bouche avec de bons tannins. La Dame de Montrose a de l'éclat, un nez finement boisé, persistant, une bouche soyeuse, pleine, une longueur moyenne. Lilian Ladouys a un nez vif de fruits rouges, du fruit et de la longueur. Haut-Logat a une robe nuancée, de la chair, du nerf et de la longueur. Saint-Paul est très coloré, mûr, typé merlot, très agréable quoiqu'un peu mou. Phélan-Ségur est classiquement vanillé, plein et long. Cos Labory est frais et soyeux. La Commanderie a un très beau nez, de la chair en bouche. Laffite-Carcasset est bon, long et équilibré. (Les) Ormes de Pez est bon, assez serré. Bel-Orme-Tronquoy-de-Lalande est sérieux, épicé, long, comme il se doit d'une vieille marque médocaine. Cissac est dans son style rond, assez opulent. Tronquoy-Lalande, fait par Montrose, est très coloré, raide, droit et long.

BAS-MEDOC

De ces médocs du nord, j'en ai bien peu goûtés et je le déplore. Grand Bouchon est un vin de la maison de négoce Yvon Mau, avec la complicité d'Hubert de Bouärd; c'est un vin de petit prix destiné à la grande distribution, je ne sais pas où sont les vignes ; nez pointu, bouche sèche. Haut-Canteloup présente un nez standard très vanillé, il est assez harmonieux. Patache d'Aux est chaud au nez, un peu raide, de bonne finale. Greysac, Rollan de By, Haut-Condissat et Tour Séran sont des propriétés de Jean Guyon, qui lance cette année le Cercle Rive Gauche - pendant évidemment de l'excellent Cercle Rive Droite, et comme lui réponse Jockey Club bordelais de l'Union des Grands Crus. Avec La Clare que j'ai omis de goûter, tout cela forme un petit empire sur Bégadan, dont autrefois j'achetais en vrac et en masse les bons vins de la coopérative. S'il truste les premières places, je n'y suis pour rien, n'y ayant aucun intérêt ; je constate seulement que j'ai placé très haut le château de By, qui n'est pas à lui, mais sur des terres proches.

Greysac est vif, rond, de la pêche. Rollan de By est coloré, au nez pas défini, doux et flatteur, avec une belle finale fraîche. Le célèbre Haut-Condissas a de la chaleur et beaucoup de corps. J'ai un doute sur Prignac, que j'ai goûté chez Thunevin ; il me semble qu'il s'agit de L'Inclassable de Rémy Fauchet, anciennement Château Lafon ; je l'ai trouvé racé et très bon, plus tard j'ai découvert la proportion importante de petit verdot. Le château de By à Bégadan est fin, fruité, très fruité même, avec une belle finale, c'est un vin de grand plaisir. Tour Séran enfin, je l'ai découvert chez Thunevin. Guyon me l'a décrit comme une croupe de graves cerclé de marais, ce qui donne bien envie d'y aller voir ; très bon, couleur, classe et volume.

RAPIDE CONCLUSION

De ces 350 vins goûtés, je retiens, dans l'ordre de présentation, quelques sympathiques découvertes. A Blaye, Jonqueyres et son Enfer. L'Infinity de Francs. A Saint-Emilion, Clos Badon et Valandraud, mais ça ce n'est pas une surprise. Et la droiture de Lamartre qui permet de goûter un authentique cabernet-franc. En Graves, Le Bruilleau, franc et généreux; la classe des vins de Haut-Brion. En Médoc, Belle-Vue et ses beaux petit-verdots, l'introuvable Pontac-Lynch, l'ascension confirmée des crus de la famille Quié, un beau Siran, Tronquoy-Lalande, Pez évidemment, puis les excellents crus de Jean Guyon, le Château de By, et puis Tour Séran. C'est bien peu à la réflexion, mais il faut bien choisir. Et ceux que j'ai choisis ne seront pas les plus chers. J'en proposerai en primeur ce que je pourrai, sinon vous les trouverez bien ailleurs. Rendez-vous pour 2013, l'année du Médoc, pourquoi pas?

Gilles du Pontavice, expert en vins

Site édité par La Truite de Quénécan Editions, La Forge Neuve, 56.480 Sainte-Brigitte, France. Contact: gilles.dupontavice@orange.fr